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18 novembre 2005 5 18 /11 /novembre /2005 17:36
 Ici   commence le journal de la vie d'un petit poète, dont vous pourrez lire les pages au fur et à mesure qu'elles seront mises en ligne. Elles sont déjà parues pour la période 35/45 dans la revue de poésie Décharge, et ensuite elles font l'objet d'une parution régulière dans la revue de poésie Comme en poésie. Une édition intégrale du journal sera réalisée en coédition Comme en poésie / les amis des écrivains du lac d'Hossegor. (1er semestre 2006)

 

LE MANGEUR DE LUNE
Journal dérisoire d’un petit poète

 

 

 

1935-1991

 

 

 

 

 

 

 

Je ne vais pas vous raconter ma vie.      
ou plutôt si 
mais il vous faudra démêler : 
 le vrai du vrai, 
 le faux de l’à-peu-près,
le roman du songe, 
l’affabulation 
 de l’histoire qui aurait pu arriver 
  à n’importe qui 
 à n’importe quel 
 à autant en n’importe le veuf 
 de la poésie 
 et de la mort. 
 Vous allez entrer dans la plus dérisoire aventure 
 du vingtième siècle 
 et des siècles précédents 
 pour presque rien 
 un sourire 
 une corde à noeuds 
 un noeud papillon
dans la dérive la plus parfaite 
qu’ait pu donner  à lire
à voir
à aimer
 le JOURNAL D’UN POETE
que tout le monde prenait pour quelqu’un d’autre. 
 Même lui.

 

 LES IMAGES DU PAUVRE

                Enfant je possédais des images pieuses que j’échangeais contre des capotes anglaises aux soldats américains venus libérer notre territoire occupé par des images de bottes.  J’en faisais des ballons. Enfant sans fric, je préférais le mystère de la bulle d’air et le terrible pouvoir qui la saignait quand elle partait découvrir un monde que je me contentais d’imaginer plein d’avions, de bombes et de types méchants avec des couteaux partout, même dans le coeur, jusqu’à la garde des rêves.

            Je n’écrivais pas encore. J’avais le temps de rêver, suprême délice, le temps de percevoir le temps, jusqu’au jour où mes images se mirent à tournoyer, à encombrer mes instants, à grelotter à la porte de mes mains, à écumer des métaphores. J’aurai voulu les tuer. J’ai tenté de les fuir. Elles ne se laissèrent pas faire, dévorant mes répits, broyant ma vie, je devins inconscience. J’étais en perdition.

            Les sauveteurs de tous mérites m’offrirent leurs services : j’abusais de leur mansuétude couarde, car ils ne désiraient pas m’aider à canaliser, à trier, à classer, ils lorgnaient mes images pour les faire à leur semblance. Ils voulaient, les saints hommes, me jeter dans le moule à copie conforme, me faire bouffer du calque, me soumettre à l’offset pour tirer à multiples exemplaires des stéréotypes à leur dévotion. Mes images ne se laissèrent pas duper, elles  étaient filles pas faciles d’une insoumission révolutionnaire. 

             Quand pris-je conscience qu’il fallait que je m’en sorte seul ? Je ne saurais le dire avec exactitude, mais dès lors je vis un grand nombre de rats sauter du navire et une salubre tempête les noya queue et tout.

            Je sus très vite qu’il me faudrait faire un pacte avec les mots : les tractations furent longues et pénibles, j’avais tant à apprendre.

            Mes facultés nécessiteuses manquaient de vocabulaire, de connaissances et de livres. Je possédais mes images il fallait leur apprendre à faire l’amour. Ce ne fut pas une mince affaire : combien de procédés, de recettes, de trucs, de traquenards, de pièges, de tindelles, dus-je utiliser ? mais les malignes trouvaient toujours une issue de secours.

           J’appris des autres qu’on pouvait donner langue au hasard, utiliser les lettres et aller promener des squelettes d’images dans des chantiers indifférents, l’agencement scientifique des structures, l’insignification du signifiant, les aléas formidables des ordinateurs, l’impersonnalité des paris suggérant.

            Pouvais-je refuser d’en tenir compte ?

            Mais que devenaient mes images à langues multiples sans le choix créatif d’une loupe installée à hauteur de quotidien ?

 JE VOUS LE DEMANDE.

2 Octobre 1935

Le négus d’Abyssinie n’a pas encore
attaqué l’Italie
et ses chars d’assaut 
campent sagement devant Venise
attendant que les poutres s’enfoncent dans la mer
mangées par la rouille du conflit
et de l'histoire... 
 Je vagis déjà 
 couvert par une couveuse 
 recouvert de chaleur 
 découvert par BENITO 
 qui salue à l’HITLER 
 comme un chasseur de mouches 
 énervé de ne pouvoir les tuer. 
 L’EUROPE EST EN CHALEUR

Une vague sans précédent
précède la suivante
et de vague en vague
ma couveuse s’entrouvre 
 sur le chapitre 3 de NOTRE DAME de PARIS 
 en plein office des passés aux actes. 
 Je vous salue maris 
 qui n’osez pas épouser ma mère 
 elle est trop belle.

  HORMONE

L'hormone mâle,
la mienne
spermatozoïdée par deux siècles
de parisiens plutôt baiseurs
par dessus  les moulins de la galette
et tous les moulins de Paris
remplacés en haut de la butte
par des bordels à touristes
en culbutes et vadrouille.
Ah les petites parisiennes à cent balles 
 qui servaient de bornes aux virées
que nous fîmes quelques soirs fameux
seulement dans nos mémoires.
L'hormone mâle,
la mienne,
s'en souvient encore.

 

2 OCTOBRE  1935                                            22 heures

 Ma mère
toi qui fais des ménages pour les riches oisifs
et prends les vessies pour des réverbères.
Ma mère tume 
 Ma mère rit. 
 Ma mère du complexe qui ne sait pas FREUD 
 sur le buis de ton rosaire. 
 Ma mère bancale et claudicante
d’un taxi en maraude
que tu n’avais pas vu.
Et la pension jamais payée d’une assurance fantôme
Que l’homme n’avait pas assurée d’un contrat.
Ma mère l’oie 
 Ma mère concierge 
 qui en brûlait un tous les jours 
 à SAINT ANTOINE DE PADOUE
pour retrouver l’artiste qui t’avait fait grosse 
 de deux mômes
 MA MÈRE
Ma mère MARIA 
 Ma mère LESIEUR 
 née MANGERET un jour de batteuse 
 bourrée comme une bourbonnaise. 
 Ma mère
Tu attends là
Sur un banc de la salle publique de l’hôtel-Dieu 
 SEULE
et depuis 40 jours 
 sans boire ni manger 
 sans penser au passé 
 SEULE 
 comme le déluge du père NOE 
 qu’un mec en blouse blanche 
 te montre tes jésus 
 ANNE- MARIE et JEAN-PIERRE 
 nés de père presque inconnu.

 

2 OCTOBRE 1935                    24 heures

Minuit chrétienne
Rentre chez toi
Retraverse le parvis.
Enfile le pont d’Arcole comme un vieil édredon
Tangente l’Hôtel de Ville.
Laisse sur la gauche le gibet de Nerval
et celui de François.
Ils sont droits de touristes
et tristes d’imaginaire.
Drape ton innocence dans le suaire rose
du soleil qui ce soir
fait le tour du cadran.
Claudique encore un peu
jusqu’à Saint Meri
Avant-hier Desnos y dérivait encore. 
 Mais tout ça tu t’en fous
t’en sais même rien
à l’école des moissons
on n’apprend pas à lire
le cresson des poètes.

 

2 AOUT 1937                       Quelque part vers mes 3 ans et vers 20 heures.

 

 

 

 La pluie.
Il pleut toujours quand le malheur
souffle sur les toits
et ça glisse...
Mon père, celui qui nous a reconnus,
un gosse sur chaque bras
privilège des jumeaux
fin saoulfunambule neuf
d’un cirque en dérive
attaque l’inconscience
du bord de la gouttière
au sixième étage
sous le regard effrayé de ma mère.
Le vasistas laisse un petit carreau de lumière
plus bas la rue
au macadam bien dur.
Il fait un petit tour sous le ciel sans étoiles
nous pleurons de plaisir et de trouille.
Il y a un Dieu pour les ivrognes
La pluie.

J’AI  ENFANCE

 

 J’ai
mangé d’incommensurables sonnettes venues en droite ligne des quincailleries sans fric de ma guerre en bretelles courtes.
Vrillé d’impassibles heurtoirs en acier déforgé par la gueule des lions au poli de Miror.
Jeté sur le trottoir toutes les concierges du Marais avec leurs cris en forme de balais pour me casser les côtes.
Profité de l’asile des porches pour tester mes premières rafales de baisers.
Gravé sur les chapes des ruisseaux mon maquillage d’enfant éberlué par les larmes d’un couteau taché.
Guéri ma peur du noir en cassant d’un coup de gencive les doigts visqueux des minuteries.
Mouillé d’un sexe discret la moiteur invisible des servantes en rupture d’aube qui ouvraient leurs lèvres bien avant de savoir.

J’ai
Grandi tout à fait par hasard dans l’hôtel
Guénégaud
avec une chatte rousse
une soeur jumelle
et tous les petits juifs
de la rue des quatre fils
dont l’étoile de David brillait au saute-mouton
de nos récréations
et nul ne fut mieux préparé que moi
à la soudaine migration
des mal partis.

 

MAMAN

 

 

J'ouvre mon front à la paix pivoine  coquelicot
panachée de rêves espérés du fond des âges
qui cachent sur la plage des mauves
les serviettes huile solaire de mes yeux.
Petite maman des mesures de baisers
distribués plus vite que tes lèvres.
Maman triste de la risée des soirs d'orfèvres
avec saint Eloi en supensoir sur l'estomac,
craquelure fine d'une touche d'infante
qui frémit à l'orée des rosées flacon
quand ta bouche éreinte la lèvre du dernier mot.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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