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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 16:23
 

Je ne peux pas redouter  la crise financière je suis équipé de telle sorte que je peux fabriquer une revue de poésie même en plein milieu d’une jungle impénétrable et ensuite je confie la diffusion à Tarzan de liane en liane.

 

L’ARPEL refuse de me donner une place dans son stand du salon du livre de Paris pour diffuser la revue (pour rappel L’ARPEL doit être en principe au service de toute la communauté de l’édition donc il y en a qui sont plus communautaires que d’autres) et qu’est-ce que ce diktat qui fait que maintenant on ne peut pas participer à un salon de la littérature dans les stands régionaux  sans payer si on n’est pas un éditeur patenté mais un pauvre misérable bénévole qui édite sa modeste revue à 250 exemplaires de  peur qu’elle concurrence Gallimard et lui vole  des parts de marché. On rêve en plein potage. Le comble du comble c’est qu’on ne peut pas être invité comme auteur si on n’est pas mandé par un éditeur ayant pignon sur rue et cornaqué par icelui. Exit l’autoédition et restons entre gens de bonne compagnie. Et vive le changement de cette politique du fric qui nous a conduit tête baissée dans la crise.

Dois-je ajouter que dans d’autres régions il n’y a aucune difficulté pour que dans mon cas les frais  soient pris en compte par les délégations régionales. J’ai les noms mais comme je ne suis pas un délateur, mutisme.

 

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26 août 2007 7 26 /08 /août /2007 08:00

JACQUES MORIN : « Une fleur noire à la boutonnière »

Editions le Dé Bleu (L’Idée Bleue)

 

Qui n’a pas lu ce recueil, qui n’a pas tenté de surnager avec le poisson-pilote sans support qu’est Jacques Morin, ignore tout de la vacuité de l’être et du désespoir.

 

Jacques veut ou plus exactement ne peut que se fantômer au réel, sublimer l’absence et le manque, sculpter avec pudeur et constance l’essai d’une réalité, imprégner les mots, qu’il le souhaite ou non, d’une odeur exceptionnellement vivante et consciente :

… « il me manque toujours

        un bras un pied

        un œil pour être complet »…

phalanger le mot avec le vent d’un jet, d’un fouet, nous mener au fin fond du miroir brisé ou même de son reflet inexistant avec la finesse et la légèreté d’un saute-ruisseau :

… « La poésie

        …………

        tu la transportes steamer dans tes flancs… ».

 

Ici nous nous retrouvons dans un pays de solitude, en ruines, en murs, quand bien même nos grandes gueules béantes de terriens extériorisés et bien-pensants, nous voilà obligés de plonger dans une transparence de basse-fosse, captifs de la continuelle même lutte corporelle de l’apparence, contre la pesanteur.

 

Poète, tu es là, obligatoirement notre complice, notre parent; et ta violence, ton désespoir, ton amertume nous les endossons d’évidence.

 

Oui, Jacques Morin réussit à construire, à «se tailler» une véritable identité du vide chez un étameur aveugle, à peine levé, presque couché, à la sombra de la fausse lumière. Mais lorsque «l’embryon» sort, haut en couleurs et que la femme offre «l’anse de sa cuisse», le désespoir s’essouffle, un peu : le «rompre de s’aimer». Ces sauveurs de l’instant et de l’espérance d’un moment-éternité deviennent à coup sûr le contre-courant, le placebo indispensable du survivre, tout comme le savoir du poème et la matérialité du Verbe.

 

Porteur du sens intense, de la justesse sémantique … « Le cadavre neige sur le banquet »…, Jacques désosse à merveille le flagrant délit inéluctable de l’écrasement de la face, le déboulonnage systématique des organes bon marché, le désert rédhibitoire de ce sexe trop humain, de tout l’être «En phase du néant».

 

Sonneur à part entière et pourtant trop discret, Morin,  Bukowski de Drancy, Artaud du Verbe blanc, avec ses yeux troués, avec son ventre ouvert, homme au « franc désespoir », nous assène que le mot est là, à l’affût, à jamais, tel l’air respiré, tel le ciel se couvrant.

Alors, Salut Morin, on ne te demandera jamais d’ausweis, à toi qui incarnes l’à-vif de l’authentique écriture poétique.       

 

                                                                       Catherine Mafaraud-Leray

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19 juillet 2006 3 19 /07 /juillet /2006 10:05
 

Hossegor le 10 06 06

 

A maison de la poésie.

 

 

 

              Je reçois votre lettre sur le marché et je ne m’étonne pas de la chose. Que la poésie puisse être vendue sur un marché comme les poireaux et les laitues me gène déjà aux entournures mais qu’on réunisse des poètes pour ce faire et qu’ils y prêtent leur concours m’a toujours un peu plus  gêné encore. La tendance actuelle est de virer des salons les associations qui font de l’ombre aux éditeurs dit patentés, lésant leur espoir de bénéfice.  Laissons le négoce au négoce et trouvons d’autres solutions.

 

Je n’ai jamais pris de stand au marché de la poésie parce que c’est trop cher pour une revue comme la mienne donc la dictature du fric règne et comme on demande de plus en plus de libéralisme c’est vrai que non rentables nous sommes appelés à disparaître et nous ne serons pas les seuls.

 

Il faut donc investir d’autres circuits trouver d’autres lecteurs et laisser aux marchands leur vente et leur marchandise. Si les poètes n’allaient pas au marché et disaient à leurs éditeurs que ça ne les intéressent pas il n’y aurait plus de marché de la poésie; et on pourrait se rencontrer par exemple lors d’une manifestation invitant les poètes de tout l’hexagone pour qu’ils puissent causer, se rencontrer, se confronter, se jauger en un mot vivre en poésie. (les subventions de tous oirdres serviraient aussi à ça)

 

Je crains qu’il soit difficile de mettre en œuvre ce que je propose parce que les poètes qui viennent attendent, ce en quoi ils se trompent, une renommée voire une reconnaissance ce qui en a déçu plus d’un.

 

J’ajouterai en passif du marché c’est que les personnes  néophytes qui cherchent de la poésie mais aussi les poètes se trouvent complètement atterrés par la quantité astronomique de livres présentés et que souvent ils renoncent en fait à acheter faute de pouvoir choisir en connaissance de cause.

 

J’ajouterai au passif du marché qu’il y a déjà en littérature un ostracisme anti poétique et que de réunir la poésie, seule et en un seul lieu n’aère pas et ne remet pas le poème dans le cœur de la cité.

 

La seule vertu que je reconnaissais au marché c’est la rencontre donc si on vire les plus actifs il ne servira bientôt plus à rien sinon vendre vendre vendre une marchandise déshumanisée et lyophilisée.

 

Bonne chance pour votre combat en espérant qu’il ne soit pas déjà d’arrière-garde.

 

Amitiés.

 

Jean-Pierre Lesieur

 

 

 

 

 

 

 

 

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5 janvier 2006 4 05 /01 /janvier /2006 09:45
  Cette lettre peut être copiée par les revuistes qui le désirent et envoyée à qui ils veulent en ayant la courtoisie d'en spécifier l'origine, la revue et l'auteur; Merci.
                                                                                                         DATE DE LA POSTE

Cher poète. 

              Je réponds enfin à l’envoi de vos poèmes et je vous prie d’excuser le retard de cette réponse. Je reçois en effet énormément de textes à croire que les poètes poussent comme des champignons dans les sous bois par temps d’orage en automne.
               Sachez que je privilégie dans les auteurs ceux qui n’ont pas envoyé leurs poèmes à l’aveuglette c'est-à-dire après avoir longuement fréquenté, en tant que lecteurs les différents numéros de poésie que j’ai publiés depuis la naissance de la revue.
              
Je donne aussi ma préférence aux poètes qui m’envoient des textes inédits en recueils et en revue car les abonnés étant tous ou presque  abonnés à plusieurs revues ils n’aiment pas, et je les comprends, retrouver le même texte au même moment dans plusieurs. Bien que Jean L’Anselme, vous connaissez peut-être, dise que si la guerre de 40 n’avait été annoncée que dans un seul numéro de revue de poésie il n’y aurait pas eu grand monde pour défendre la France.
               
La poésie que je défends et pour laquelle vous en conviendrez  je donne beaucoup de temps et d’argent ainsi que pas mal d’amour ne se réfère à aucune chapelle, je ne peux être une tendance ou une école à moi seul  j’accepte toutes les formes et fonds de poésie, pourvu qu’elles me fassent vibrer, qu’elles élèvent ma pensée et qu’elles me donnent ce je ne sais quoi indéfinissable qui me fait dire : « là il y a un véritable écrivain. »
               
Choisissez vos textes les plus aboutis, ceux que vous feriez lire à votre petite amie, votre belle-mère ou le secrétaire perpétuel de l’Académie, les autres, laissez les mûrir ou mourir au fond de votre tiroir celui que vous n’ouvrez que pour les grandes occasions.
               
Ne tenez pas pour acquis qu’un abonnement à la revue vous donnera automatiquement droit à une publication. Je revendique hautement le droit de refuser un poème qui n’entre pas dans le cadre de la revue au propre comme au figuré c’est ma liberté de directeur et la votre sera de rechercher une autre revue afin de voir enfin publié le joyau de la poésie que je vous ai refusé. 
                
Par contre s’abonner à une ou plusieurs revues me paraît le meilleur moyen pour connaître, lire, apprendre la poésie qui se fait aujourd’hui  sans compter que vous aurez le devoir de faire vos classes sur le tas, nulle école de poésie ne donnant des cours du soir en ce bas monde ni dans l’autre. Il existe suffisamment de revue spécialisées, d’ailleurs il n’y a qu’elles pour éditer des poèmes, pour que vos écrits  puissent être acceptés ici ou là.
                
Méfiez vous des revues qui vous demandent une participation financière pour la publication, un compte d’auteur sournois et diffus, rôde aussi  dans  les bas-fonds des revues.
                
Choisissez de préférence une revue qui n’est subventionnée par personne d’autre que son animateur et ses abonnés, les autres sont trop dépendantes d’une subvention qui si elle disparaît fait également disparaître la revue. Je pourrais citer de multiples exemples.
                
N’attendez aucune rémunération de la part des directeurs de revues qui tirent déjà le diable par la queue. J’ai tenté moi-même de donner un euro par page publiée dans la revue et je me suis fait ramasser par la confrérie des poètes qui ne veulent pas êtres payés, prétextant que c’était une aumône, d’autres ont crié au loup car il n’est pas bien dans le paysage qu’un poète écrive pour être payé. (certains ont tout de même accepté et je les en remercie) 
                
La solidarité entre les revues n’existe pas. Elles sont définitivement rivales puisqu’elles publient les mêmes poètes et ont les mêmes lecteurs, un abonné qui se désabonne devient un abonné en puissance pour une consœur.
               
Ne m’envoyez pas un recueil complet en me demandant de choisir le ou les poèmes que je préfère il n’y a aucune chance que je l’édite en entier et il me faudra tout lire ce qui prend énormément de mon temps très précieux  le choix c’est à vous, aussi,  de le pratiquer. Quelques textes suffiront pour que je me fasse une opinion sur ce que je pourrai mettre ou ne pas mettre dans la revue.
               
Pensez que je possède un petit budget et qu’il ne m’est pas possible de répondre à toutes les lettres si vous ne me mettez pas au moins un timbre. La poste pour une revue qui ne peut  être diffusée autrement que par abonnement représente une dépense onéreuse qui ne peut qu’augmenter au fur et à mesure de la privatisation. Reconnaissez qu’un timbre pour savoir si on va être édité ce n’est pas cher payé.
              
Si vous voulez que vos textes soient rigoureusement retranscrits évitez les manuscrits illisibles surtout si  votre écriture se rapproche plus de celle du chat que de celle d’un calligraphe de renom.
              
Sachez que d’être édité dans une revue de poésie n’ouvre pas automatiquement le droit à la célébrité et à  la gloire laissez cela à la star académie ou autres émissions de télé ni que vous accèderez d’un seul coup au pinacle de l’édition à compte d’éditeur. Il vous faudra encore solliciter de nombreuses autres revues et il y en a même qui oseront refuser vos textes.  La poésie est un long chemin de croix qui comporte beaucoup plus  de stations que pour l’autre.
              
Si vous êtes refusé n’en faites pas une maladie de peau, il y a plus grave dans la vie, une autre revue prendra vos poèmes c’est seulement que vous n’avez pas frappé à la bonne porte.
              
Parfois se recommander d’un poète déjà un peu connu  peut influencer le directeur mais méfiance il y a peut être entre eux de la brouille dans l’air ou un conflit larvé que votre petite allumette a su réactiver.
              
Ne soyez pas trop élogieux à mon égard ni à l’égard de la revue, je sais que c’est une bonne revue, mais la flagornerie n’a jamais remplacé le talent. Allez-y mollo dans l’éloge prépublication ensuite vous pourrez vous laissez aller.
             
Soyez patient les délais de publication vu le nombre de textes que je reçois et la pagination de la revue sont un peu longs ne me relancez pas au téléphone tous les trois jours ni par courrier toutes les semaines, cela ne servirait à rien.
            
Si vous avez scrupuleusement suivi ces quelques conseils il n’y a aucune raisons pour que vous ne paraissiez pas dans un prochain sommaire de la revue et qu’on vous y retrouve assez souvent car j’aime bien suivre les poètes dont j’aime les textes qui deviennent aussi fréquemment des amis.

                                                                           COMME EN POÉSIE /Jean-Pierre Lesieur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

             

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18 novembre 2005 5 18 /11 /novembre /2005 17:36
 Ici   commence le journal de la vie d'un petit poète, dont vous pourrez lire les pages au fur et à mesure qu'elles seront mises en ligne. Elles sont déjà parues pour la période 35/45 dans la revue de poésie Décharge, et ensuite elles font l'objet d'une parution régulière dans la revue de poésie Comme en poésie. Une édition intégrale du journal sera réalisée en coédition Comme en poésie / les amis des écrivains du lac d'Hossegor. (1er semestre 2006)

 

LE MANGEUR DE LUNE
Journal dérisoire d’un petit poète

 

 

 

1935-1991

 

 

 

 

 

 

 

Je ne vais pas vous raconter ma vie.      
ou plutôt si 
mais il vous faudra démêler : 
 le vrai du vrai, 
 le faux de l’à-peu-près,
le roman du songe, 
l’affabulation 
 de l’histoire qui aurait pu arriver 
  à n’importe qui 
 à n’importe quel 
 à autant en n’importe le veuf 
 de la poésie 
 et de la mort. 
 Vous allez entrer dans la plus dérisoire aventure 
 du vingtième siècle 
 et des siècles précédents 
 pour presque rien 
 un sourire 
 une corde à noeuds 
 un noeud papillon
dans la dérive la plus parfaite 
qu’ait pu donner  à lire
à voir
à aimer
 le JOURNAL D’UN POETE
que tout le monde prenait pour quelqu’un d’autre. 
 Même lui.

 

 LES IMAGES DU PAUVRE

                Enfant je possédais des images pieuses que j’échangeais contre des capotes anglaises aux soldats américains venus libérer notre territoire occupé par des images de bottes.  J’en faisais des ballons. Enfant sans fric, je préférais le mystère de la bulle d’air et le terrible pouvoir qui la saignait quand elle partait découvrir un monde que je me contentais d’imaginer plein d’avions, de bombes et de types méchants avec des couteaux partout, même dans le coeur, jusqu’à la garde des rêves.

            Je n’écrivais pas encore. J’avais le temps de rêver, suprême délice, le temps de percevoir le temps, jusqu’au jour où mes images se mirent à tournoyer, à encombrer mes instants, à grelotter à la porte de mes mains, à écumer des métaphores. J’aurai voulu les tuer. J’ai tenté de les fuir. Elles ne se laissèrent pas faire, dévorant mes répits, broyant ma vie, je devins inconscience. J’étais en perdition.

            Les sauveteurs de tous mérites m’offrirent leurs services : j’abusais de leur mansuétude couarde, car ils ne désiraient pas m’aider à canaliser, à trier, à classer, ils lorgnaient mes images pour les faire à leur semblance. Ils voulaient, les saints hommes, me jeter dans le moule à copie conforme, me faire bouffer du calque, me soumettre à l’offset pour tirer à multiples exemplaires des stéréotypes à leur dévotion. Mes images ne se laissèrent pas duper, elles  étaient filles pas faciles d’une insoumission révolutionnaire. 

             Quand pris-je conscience qu’il fallait que je m’en sorte seul ? Je ne saurais le dire avec exactitude, mais dès lors je vis un grand nombre de rats sauter du navire et une salubre tempête les noya queue et tout.

            Je sus très vite qu’il me faudrait faire un pacte avec les mots : les tractations furent longues et pénibles, j’avais tant à apprendre.

            Mes facultés nécessiteuses manquaient de vocabulaire, de connaissances et de livres. Je possédais mes images il fallait leur apprendre à faire l’amour. Ce ne fut pas une mince affaire : combien de procédés, de recettes, de trucs, de traquenards, de pièges, de tindelles, dus-je utiliser ? mais les malignes trouvaient toujours une issue de secours.

           J’appris des autres qu’on pouvait donner langue au hasard, utiliser les lettres et aller promener des squelettes d’images dans des chantiers indifférents, l’agencement scientifique des structures, l’insignification du signifiant, les aléas formidables des ordinateurs, l’impersonnalité des paris suggérant.

            Pouvais-je refuser d’en tenir compte ?

            Mais que devenaient mes images à langues multiples sans le choix créatif d’une loupe installée à hauteur de quotidien ?

 JE VOUS LE DEMANDE.

2 Octobre 1935

Le négus d’Abyssinie n’a pas encore
attaqué l’Italie
et ses chars d’assaut 
campent sagement devant Venise
attendant que les poutres s’enfoncent dans la mer
mangées par la rouille du conflit
et de l'histoire... 
 Je vagis déjà 
 couvert par une couveuse 
 recouvert de chaleur 
 découvert par BENITO 
 qui salue à l’HITLER 
 comme un chasseur de mouches 
 énervé de ne pouvoir les tuer. 
 L’EUROPE EST EN CHALEUR

Une vague sans précédent
précède la suivante
et de vague en vague
ma couveuse s’entrouvre 
 sur le chapitre 3 de NOTRE DAME de PARIS 
 en plein office des passés aux actes. 
 Je vous salue maris 
 qui n’osez pas épouser ma mère 
 elle est trop belle.

  HORMONE

L'hormone mâle,
la mienne
spermatozoïdée par deux siècles
de parisiens plutôt baiseurs
par dessus  les moulins de la galette
et tous les moulins de Paris
remplacés en haut de la butte
par des bordels à touristes
en culbutes et vadrouille.
Ah les petites parisiennes à cent balles 
 qui servaient de bornes aux virées
que nous fîmes quelques soirs fameux
seulement dans nos mémoires.
L'hormone mâle,
la mienne,
s'en souvient encore.

 

2 OCTOBRE  1935                                            22 heures

 Ma mère
toi qui fais des ménages pour les riches oisifs
et prends les vessies pour des réverbères.
Ma mère tume 
 Ma mère rit. 
 Ma mère du complexe qui ne sait pas FREUD 
 sur le buis de ton rosaire. 
 Ma mère bancale et claudicante
d’un taxi en maraude
que tu n’avais pas vu.
Et la pension jamais payée d’une assurance fantôme
Que l’homme n’avait pas assurée d’un contrat.
Ma mère l’oie 
 Ma mère concierge 
 qui en brûlait un tous les jours 
 à SAINT ANTOINE DE PADOUE
pour retrouver l’artiste qui t’avait fait grosse 
 de deux mômes
 MA MÈRE
Ma mère MARIA 
 Ma mère LESIEUR 
 née MANGERET un jour de batteuse 
 bourrée comme une bourbonnaise. 
 Ma mère
Tu attends là
Sur un banc de la salle publique de l’hôtel-Dieu 
 SEULE
et depuis 40 jours 
 sans boire ni manger 
 sans penser au passé 
 SEULE 
 comme le déluge du père NOE 
 qu’un mec en blouse blanche 
 te montre tes jésus 
 ANNE- MARIE et JEAN-PIERRE 
 nés de père presque inconnu.

 

2 OCTOBRE 1935                    24 heures

Minuit chrétienne
Rentre chez toi
Retraverse le parvis.
Enfile le pont d’Arcole comme un vieil édredon
Tangente l’Hôtel de Ville.
Laisse sur la gauche le gibet de Nerval
et celui de François.
Ils sont droits de touristes
et tristes d’imaginaire.
Drape ton innocence dans le suaire rose
du soleil qui ce soir
fait le tour du cadran.
Claudique encore un peu
jusqu’à Saint Meri
Avant-hier Desnos y dérivait encore. 
 Mais tout ça tu t’en fous
t’en sais même rien
à l’école des moissons
on n’apprend pas à lire
le cresson des poètes.

 

2 AOUT 1937                       Quelque part vers mes 3 ans et vers 20 heures.

 

 

 

 La pluie.
Il pleut toujours quand le malheur
souffle sur les toits
et ça glisse...
Mon père, celui qui nous a reconnus,
un gosse sur chaque bras
privilège des jumeaux
fin saoulfunambule neuf
d’un cirque en dérive
attaque l’inconscience
du bord de la gouttière
au sixième étage
sous le regard effrayé de ma mère.
Le vasistas laisse un petit carreau de lumière
plus bas la rue
au macadam bien dur.
Il fait un petit tour sous le ciel sans étoiles
nous pleurons de plaisir et de trouille.
Il y a un Dieu pour les ivrognes
La pluie.

J’AI  ENFANCE

 

 J’ai
mangé d’incommensurables sonnettes venues en droite ligne des quincailleries sans fric de ma guerre en bretelles courtes.
Vrillé d’impassibles heurtoirs en acier déforgé par la gueule des lions au poli de Miror.
Jeté sur le trottoir toutes les concierges du Marais avec leurs cris en forme de balais pour me casser les côtes.
Profité de l’asile des porches pour tester mes premières rafales de baisers.
Gravé sur les chapes des ruisseaux mon maquillage d’enfant éberlué par les larmes d’un couteau taché.
Guéri ma peur du noir en cassant d’un coup de gencive les doigts visqueux des minuteries.
Mouillé d’un sexe discret la moiteur invisible des servantes en rupture d’aube qui ouvraient leurs lèvres bien avant de savoir.

J’ai
Grandi tout à fait par hasard dans l’hôtel
Guénégaud
avec une chatte rousse
une soeur jumelle
et tous les petits juifs
de la rue des quatre fils
dont l’étoile de David brillait au saute-mouton
de nos récréations
et nul ne fut mieux préparé que moi
à la soudaine migration
des mal partis.

 

MAMAN

 

 

J'ouvre mon front à la paix pivoine  coquelicot
panachée de rêves espérés du fond des âges
qui cachent sur la plage des mauves
les serviettes huile solaire de mes yeux.
Petite maman des mesures de baisers
distribués plus vite que tes lèvres.
Maman triste de la risée des soirs d'orfèvres
avec saint Eloi en supensoir sur l'estomac,
craquelure fine d'une touche d'infante
qui frémit à l'orée des rosées flacon
quand ta bouche éreinte la lèvre du dernier mot.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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27 avril 2005 3 27 /04 /avril /2005 23:00
 

Les censeurs me gonflent, ceux qui ont toujours quelque chose à dire sur la poésie, la poésie ceci, la poésie cela. Vous n’avez rien d’autre à foutre les mecs? Curieusement ils sont aussi poètes. Souvent de bons poètes. Alors écrivez vos poèmes et laissez la poésie se faire toute seule elle ne vous attend pas. On n’a pas besoin de vos définitions, de vos enculages de mouches, de vos avis éclairés par la vanité de savoir mieux que les autres.

Une autre maladie du siècle c’est qu’on trouve autant de critiques que de poètes. Et ils ne se contentent pas de critiquer leurs propres œuvres mais se permettent aussi de critiquer les œuvres des autres. Qu’à la limite on dise qu’on a aimé un recueil, sans entrer dans l’exégèse, pour communiquer sa joie de l’avoir lu ou parcouru  je le comprends, mais qu’on cherche tout un tas de référents, de comparaisons, de définitions, de lieux communs, de parallèles, de décorticages littéraires, politiques ou philosophiques, basta !

Si on ajoute à ce tableau les prix de poésie décernés ici ou là, à des poètes méritants, sans doute, il y a une infantilisation des impétrants et une cucuterie de premier de la classe qui me rappellent les pires moments de ma scolarité communale. Car là aussi les censeurs , souvent de bons poètes, « censent », hé oui il faut bien choisir et il faut bien justifier son choix quand on vous le demande.

La poésie serait-elle entrée dans une ère d’université galopante, de professoralisation à marche forcée, de libanisation des scribes. On peut le craindre. Laissez nous poétiser plus bas que nous avons notre cul, si ça nous enchante.

 

 

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