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27 avril 2005 3 27 /04 /avril /2005 23:00
 

Les censeurs me gonflent, ceux qui ont toujours quelque chose à dire sur la poésie, la poésie ceci, la poésie cela. Vous n’avez rien d’autre à foutre les mecs? Curieusement ils sont aussi poètes. Souvent de bons poètes. Alors écrivez vos poèmes et laissez la poésie se faire toute seule elle ne vous attend pas. On n’a pas besoin de vos définitions, de vos enculages de mouches, de vos avis éclairés par la vanité de savoir mieux que les autres.

Une autre maladie du siècle c’est qu’on trouve autant de critiques que de poètes. Et ils ne se contentent pas de critiquer leurs propres œuvres mais se permettent aussi de critiquer les œuvres des autres. Qu’à la limite on dise qu’on a aimé un recueil, sans entrer dans l’exégèse, pour communiquer sa joie de l’avoir lu ou parcouru  je le comprends, mais qu’on cherche tout un tas de référents, de comparaisons, de définitions, de lieux communs, de parallèles, de décorticages littéraires, politiques ou philosophiques, basta !

Si on ajoute à ce tableau les prix de poésie décernés ici ou là, à des poètes méritants, sans doute, il y a une infantilisation des impétrants et une cucuterie de premier de la classe qui me rappellent les pires moments de ma scolarité communale. Car là aussi les censeurs , souvent de bons poètes, « censent », hé oui il faut bien choisir et il faut bien justifier son choix quand on vous le demande.

La poésie serait-elle entrée dans une ère d’université galopante, de professoralisation à marche forcée, de libanisation des scribes. On peut le craindre. Laissez nous poétiser plus bas que nous avons notre cul, si ça nous enchante.

 

 

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11 mars 2005 5 11 /03 /mars /2005 00:00

ILS

Ils ont saisi à mains pleines les bras d'algues du soleil

Ils ont multiplié sans rire la table des tentacules

Ils ont accouplé les lèvres des astres, les seins de la lune

les protubérances capiteuses des fleuves et de la mer

Ils ont piqué des télescopes longs sur l'orbe de la sphère

pour espionner les testicules du ciel d'orage

quand il distribue ses rations de fessées lumineuses.

Ils ont broyé la mescaline dans des nasses d'étain

pour apprendre la jouissance du rêve inachevé

et la drogue a piégé leurs yeux de maîtres-fous

Ils ont creusé dans l'amour des tranchées sans refuge

pour assouvir des soifs qu'ils n'osaient pas nommer

dans l'herbe filiforme des prairies magnétiques.

Ils ont brandi le rythme dans leurs tripes de vingt ans

pour mieux dissimuler des estomacs sans cris.

Ils ont bu sans vomir le sang encore tiède

dans les rigoles creuses des conférences sans paix.

Ils ont inventé des marchands de sommeil

pour rendre à l'oasis sa crispation de sable.

Ils ont peuplé de monstres la friche claire des champs

où l'attelage ancien tintait ses lents grelots

et ils ont rayé de la messe l'âme des fêtes du grain

où les perles de pluie bousculaient la semence.

Ils ont coupé les bras des amphytrions passés ceux qui savaient les lois d'un âtre hospitalier.

Ils ont légalisé des mariages incestueux

corps et âme, guerre et paix, amour de la haine.

Ils ont tué

un enfant aux yeux bleus

qui jouait du fifre dans la scabieuse de mes veines.

 

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Jean-Pierre lesieur - dans poésie
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1 mars 2005 2 01 /03 /mars /2005 00:00

L'O.S. DES LETTRES

C'est le poète! Je sais qu'en énonçant cela, les foudres d'arrière garde, les mages périphériques, les pétroleuses de boudoirs, vont affûter leurs épées façon directoire pour me pourfendre.

Pourtant je maintiens: C'EST LE POETE! ! !

Il y a là une analogie logique, que chacun peut établir, les pieds bien calés à l'ombre d'un cyprès et la tête sur un billot, avec au garde à vous, un exécuteur d'œuvres hautes ou basses.

Jamais la poésie n'a réussi le tour de force qui consiste à nourrir son homme, ni sa femme d'ailleurs. Il n'est pas même question d'y asseoir une grande, moyenne ou petite fortune, ou d'en bouffer à raison d'un repas par semaine, puisque la poésie devient une occupation en dérive à la remorque de ceux qui peuvent s'offrir le luxe de lui donner du fric.

Mon analogie prend alors tout son sens en dépassant même la fiction. L'O.S. survit le poète sousvit. (Et que ceux qui achetèrent une côte de mouton avec la vente de leurs œuvres me jettent le premier os.)

D'ailleurs, le bottin mondain ou ces trucs à pages comptées, dans lesquels s'étalent les plus riches revenus, le gratin, ne comportent pas de noms de poètes - n'est-ce pas - ou si peu et toujours des pseudonymes sous visages d'ambassadeur, banquier, diplomate et j'en passe.

Il fut de bon ton, à une certaine époque, chez les gens du monde, d'avoir SON POETE dans les soupers fins et les sauteries intellectuelles. De nos jours (les vôtres comme les miens) on le loue seulement si un extra aux petits fours se décommande à la dernière minute.

La dame de maison l'ausculte, le lèche, l'épouille et lui trace un grand trait à ne pas dépasser allant du salon au lieu où il doit bivouaquer ... l'office. (Il s'y trouve encore et pour combien de temps des bonnes espagnoles fort consommables, heureusement.)

Jamais le poète n'a pouvoir de décision. On se demanderait bien d'ailleurs sur quoi. Ses vers, il n'en fait plus de rimés, métrés, césurés, et tant qu'il pouvait régner sur des lois bien strictes, bien conformes, bien académiques, on lui reconnaissait le loisir de faire joujou avec son code.

Maintenant on lui colle un vague droit à la participation, à l'actionnariat volontaire ou non, pour tenter de réformiser la poésie à l'école, au-delà qu'il s'en tienne à sa position d'ouvrier spécialisé des lettres sans faire d'heures supplémentaires ni de zèle.

Il est toujours à la recherche d'un employeur. Son essai d'embauche-débauche se résume à quelques feuillets dactylographiés avec lesquels un comité dit de lecture lui permettra d'évaluer, à pile ou face, le quota de l'inévitable ou presque participation, à la mise sur 125 grammes de ses élucubrations.

Il pénètre alors dans le cycle infernal de la souscription, je n'ai pas dit la conscription de l'époque napoléonienne, non, c'est pire.

Essayez donc de trouver des actionnaires capitalistes pour un gisement de pétrole qui aurait été nationalisé par un gouvernement socialiste : le porte à porte de l'impossible.

Le poète est toujours en situation critique ou précaire. Constamment rejeté dans la hutte d'ivoire de l'indifférence permanente par la chose publique, celle-ci, bon gré mal gré et dans certaines occasions, ne peut plus l'ignorer.

Quand la nation subit une période troublée : guerre, révolution, invasion, guérilla, émeute.

Quand il faut exporter le patrimoine intellectuel pour éblouir les peuples circonvoisins.

Quand il faut donner nom à boulevard, avenue, place, rue, impasse ou cul-de-sac.

Quand la rue voit rouge.

Quand tout le monde a été jeté en prison, le poète en premier, et qu'il faut tout de même faire frémir l'espoir.

Quand toutes les valeurs ont été copieusement corrompues, flouées, bafouées, violées et qu'un peu d'air pur est demandé aux mots.

Quand l'horizon n'est plus qu'une barre d'ennui où se silhouettent des bagnoles, des machines à laver, des réfrigérateurs et que l'absence d'espace fait craqueler la raison.

Quand les hommes ne trouvent plus les mots qu'il faut dire pour faire l'amour.

Quand l'aventure se réduit au sommeil artificiel des poumons sans boussole.

Autrement, en temps dit normal, tout sera tenté pour effacer du paysage cette sorte de tache mal léchée qui ose demander des comptes au soleil. Tout sera tenté pour la laisser croupir dans l'arrière-boutique ne réservant la vitrine qu'à celles qui sauront se conformiser modèle : « auriculaire à hauteur des ménisques».

Jamais le poète n'a les heures de grande écoute dans les « mass-médias-audio-visualistes » qui nous gouvernent. Les tranches horaires congrues, squelettiques et tardives qu'on lui octroie demandent très peu de beurre rance pour ne plus voir la mie.

Poète, O.S. des lettres, parent pauvre de la faune épistolaire, idiot du grand village, et qui persiste, frottant son erreur à l'alchimie des tares, avec des mots de peu de frais mais magicien de bordels où afflue une pépie sans pareil d'amour d'espérance et de liberté.

 

 

 

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Jean-Pierre lesieur - dans humour
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21 février 2005 1 21 /02 /février /2005 00:00

IL Y A TROP DE POÈTES

 

Il y a trop de poètes, va falloir en supprimer. On pourrait commencer par moi mais ça me fait froid dans le dos. Alors il faut avoir recours aux volontaires. Sinon comment choisir, les élus, les dignes de rester et les autres. On pourrait leur mettre un tatouage sur la poitrine : poète inutile et ceindre le front des choisis d’une couronne de lauriers. Auraient bonne mine sur la côte d’Azur, de Jade ou d’Argent, (la mienne,) en slip avec leur couronne ou leurs seins nus. On parle argent j’en vois qui sont déjà intéressés. Qui pointent l’oreille. On ne va pas, en pays de poésie, parler de gros sous, vous n’y pensez pas. Et si d’un seul coup on décrétait : « la poésie doit être faite par tous» on ne pourrait pas dépeupler la terre. Est-ce que ça irait mieux. Pas sûr.

Il y a trop de poètes, c’est pas moi qui le dit ce sont les poètes eux-mêmes, qui se plaignent de ne pas diffuser. Admettons qu’il n’y en ait qu’un seul qui reste, moi par exemple, ou Albarède, on en vendrait des bouquins autant que tous les autres réunis à vrai dire je préférerai que ce soit moi. Non mais! On pourrait faire un jeu genre si vous alliez sur une île déserte. On repart à zéro, quel poète verriez-vous pour commencer la dynastie. J’élimine d’emblée Adam. Bonne chance pour revenir en deuxième semaine.

Il y a trop de poètes en pays de poésie dans l’autre non. Pour le prouver il faudrait établir un recensement dans les deux pays. Sera poète celui qui prétend l’être je vois d’ici les recenseurs et leur drôle de question. Ils viendraient chez vous, analyseraient votre habitat, vos moeurs, vos coutumes, sont-ce là de véritables attitudes de poète? Il n’a pas le mobilier adéquat, écrit en marchant, couche avec une camisole. Vous aurez beau prétendre. N’en tiendra pas compte. On peut même imaginer qu’il vous passerait automatiquement d’un pays à l’autre. Sans préavis, sans espoir de retour. à quoi vous servira-t-il de continuer d’écrire dans le vide. Les recenseurs c’est dangereux, surtout en poésie, alors que les censeurs???

Bon, je m’égare un peu et vois déjà les poètes s’écrier qu’il n’y a pas trop de poètes, qu’il ne sert à rien d’en supprimer puisque presque personne ne les connaît. C’est qui personne, vous qui ne lisez jamais que vos poèmes parce que vous écrivez, et les autres qui n’écrivent pas et ne savent même pas que la poésie EXISTE. Comme toujours je suis de mauvaise foi car si l’on supprime les poètes qui écrivent on ne pourra pas supprimer ceux qui n’écrivent pas. Bien feintés les (re)censeurs. Qui osera aller trifouiller dans les tiroirs, les commodes, les frigidaires et réfrigérateurs où la poésie se conserve mieux qu’ailleurs?

Il y a trop de poètes pour un monde sans poésie, c’est certain, mais n’y aurait-il pas trop de poésie pour un monde sans poètes. Ca donne à réfléchir, non?

Tu vois bien lecteur-poète et poète-lecteur que tu as encore de beaux jours devant toi pour continuer d’écrire les pièces essentielles à ta vie de tous les jours qui si elles ne font pas de bien aux autres t’apportent une sérénité à nulle autre pareille et te permettent de cotoyer les côtes des Dieux qui se les tiennent encore devant tous les efforts que tu fais pour leur faire plaisir.

Accroche toi Léon nous n’avons pas les mêmes à la maison.

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Jean-Pierre lesieur - dans poésie
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12 février 2005 6 12 /02 /février /2005 00:00
 

              On ne ranime jamais la flamme du poète inconnu dont les cendres furent dispersées au vent de l’indifférence. Pourtant ils méritèrent beaucoup des champs élyséens qui les  virent si souvent défiler. Offrez-vous pour la fête des poètes un petit souvenir : la flamme du poète inconnu, elle ne s’éteint jamais.

 

              Le syndicat des poètes vient de se constituer partie civile au procès des ayants droits des poètes péris en revue. Il est également ouvert aux péris en recueils et à tous les péris de quelque chose et de quelque part. Faites vous connaître, nous agirons ENSEMBLE.

 

              Pour qu’un de vos poèmes défie le temps recouvrez-le d’une couche de protection contre les atteintes des vers. Nous vous offrons plusieurs couleurs et plusieurs indices d’efficacité. Méfiez vous surtout des vers libres qui attaquent par tous les côtés.

 

              Il semblerait que chaque an paraissent 1 000 recueils de poésie à compte d’éditeur. Comme on compterait environ 5 000 lecteurs et poètes on peut déduire une règle simple il y a 5 lecteurs par recueil à compte d’éditeur en moyenne. Dépêchez-vous, vont pas tenir le coup.

 

              N’ouvrez pas la bouche pour ne rien dire, mettez-y un poème.

 

              Si vous cherchez un poète, jeune, beau, intelligent, reconnu, fessu, modeste, célèbre, conçu… Écrivez moi vous m’avez reconnu.

 

              Vends cyclorameur pour poète en panne d’inspiration. Plus besoin de vous tracasser les méninges, vous ramez en toute quiétude.

 

              Échangerai un exemplaire pas lu envoyé à un critique qui l’a critiqué contre le même lu par un lecteur qui n’aurait aucune critique à faire.  Annonce sérieuse.

 

              On n’est pas sérieux quand on a soixante dix ans sinon on l’aurait su avant.

 

              Je suis mystifié par la poésie mystique. C’est un comble.

 

              Les exégètes exagèrent, c’est dans leur nature l’exagération et ceux qui n’exagèrent pas exaspèrent par leur manque d’exagération. Si vous êtes exaspéré par les exégètes de tout poil et de toutes obédiences faites votre exégèse vous même vous n’en serez que mieux servi.

Pour prendre le train de la poésie il suffit d’acheter un billet de poèmes et de le composter au guichet de n’importe quelle gare pour le rêve. Comme en poésie assure les réservations. Profitez en.

La madone des sleepings se produira à la gare de Lyon les samedis 17 et 27 dans les salons du restaurant le train bleu. Réduction sera faite pour les stroumpf, les descendants de stroumpf, et le grand stroumpf. Les autres paieront pour eux.

L’express est un journal qui devrait toujours arriver avant les autres.

Une prime exceptionnelle sera accordée à la Toussaint 2005, pour les poètes qui auraient l’heureuse idée de décéder ce jour là. On peut la réserver à l’avance afin d’en faire profiter ses proches auprès du poète de garde dans le cimetière Montparnasse près de la grande porte d’entrée ouest. Inscription préalable froidement recommandée.

L’assemblée générale des veuves de poètes morts au champs Elysées à la suite du défilé du 14 Juillet 2004 aura lieu au Mont Valérien en présence du ministre de la culture et de Madame et des représentants des corps constitués de la Poésie en grande tenue d’apparat. Votre présence n’est pas indispensable mais une pensée brûlante serait la bienvenue à la mémoire des pyromanes/pompiers de la poésie.

Nous préparons une anthologie du meilleur vers jamais écrit par un poète en France et dans les pays francophones de langues françaises si possible. Le vers choisi, sera édité aux frais de la communauté organisatrice «Enfants de la poésie à vos vers». Participation 200 euros par vers. On peut en envoyer plusieurs. Les recueils complets seront immédiatement envoyés vers le Pilon. (tricheurs).

Une médaille en vermeil et aluminium, marbrée de chocolat, sera pressée aux archives nationales pour célébrer l’entrée dans le site du Prince des poètes élu par la profession. Comme en poésie compte bien inauguré là la première pierre d’une cérémonie qui aurait lieu tous les ans entre les oscars et les césars : les oscésars de la poésie.

Si un illustre inconnu a critiqué votre livre et ne l’a pas trouvé à son goût, nous vous fournissons sur simple demande accompagné d’un timbre pour la réponse, une liste de critiques enregistrés à la bourse des livres et dont nous garantissons qu’il ne diront que du bien de votre oeuvre. N’oubliez pas de leur glisser une petite pièce.

Mariez-vous entre poètes. Notre association milite activement pour que les poètes se marient entre eux, qu’ils soient de même sexe ou de sexe opposés. Nous avons même une section spéciale : mariez vous tout seul avec en devise le grand Onan est plus grand que le petit Onan. Onan soit qui mâle y pense.

Il y a le poète qui écrit un mot sur deux, celui qui écrit un mot sur trois, et même celui qui n’écrit qu’un mot sur quatre. Nous pouvons les mettre en contact avec le poète qui écrit dans les intervalles. Poèmes complets assurés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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12 février 2005 6 12 /02 /février /2005 00:00

JEAN-PIERRE LESIEUR

Jean-Pierre Lesieur a participé à la fondation et à la vie de trois revues : Le puits de l’ermite, Le Pilon et Comme en poésie. Revuiste impénitent il barbotte dans la mare revuistique depuis plus de 35 ans.  son parcours poétique comprend une dizaine de recueils dont les derniers : Manuel de survie pour un adulte inadapté,(Gros textes) et Mon papa m’a dit (Comme en poésie) ont été publiés récemment.

Il a été le seul intervenant de Petit plus dans la revue de Philippe Marchal Travers et a vue son recueil Infarct faire le polder de Décharge 103. C’est dire si les revues de poésie il connaît.

Georges Cathalo a pu écrire dans Friches : «Jean-Pierre Lesieur peut être considéré comme l’un des plus brillants revuistes de notre époque», ce que par modestie je ne m’empresse pas de reproduire ici.

 En préparation, un Dérisoire Journal chez les Carnets du dessert de lune et Suzette chez l’Idée bleue de Louis Dubost.

 

 

Lire Jean-Pierre LESIEUR à Comme en poésie.

 

SUZETTE  : petite fille délurée de nos banlieues pas sauvages et qui vous réjouira par ses mots d’enfant presque adulte...............6 €

DÉRISOIRES  : extraits du journal poétique, paru en bonnes feuilles dans DÉCHARGE (les années 35/45 ) alors que l’auteur ne savait pas encore écrire............................................................................................6 €

INFARCT par Jean Pierre LESIEUR : relation par le menu dérisoire d’une ballade dans un hôpital parisien avec un coeur qui se met d’un seul coup à ne plus vouloir battre.( paru aussi en Polder dans la revue DÉCHARGE )........................6 €

MON PAPA M’A DIT par Jean-Pierre LESIEUR : paroles de grands interprétations d’enfants. Décapant. Avec des dessins magnifiques de Claudine GOUX....10 €

 

Publications dans d’autres lieux...qu’on peut commander ici.

 

BALLADE BITUME de Jean Pierre LESIEUR, une promenade du souvenir et de l’enfance dans les rues du marais de Paris qui ont bien changée paru au DÉ BLEU chez Louis DUBOST...........................................12 €

PETIT PLUS de Jean Pierre LESIEUR, numéro 43 de la revue TRAVERS de Philippe MARCHAL, une super réalisation typographique pour la verve décapante, drôle et autodérisoire de PETIT PLUS...........16 € (presque épuisé)

L’ANIMAL POÉTIQUE ET SES MUNITIONS de Jean Pierre LESIEUR livre tête-bêche avec MES DAMES, paru aux éditions GROS TEXTES une plaquette qui ne se laisse pas faire.....................................5 €

OLGA SAUDADE FOR EVER de Jean Pierre LESIEUR, paru aux éditions GROS TEXTES, poèmes pour enchanter la mort d’un amour complétant le conte SAUDADE et PARFAIT paru dans Comme en poésie ....................5 €

MANUEL DE SURVIE POUR UN ADULTE INADAPTÉ de Jean-Pierre LESIEUR paru aux éditions GROS TEXTES, une réédition du livre paru chez Chambelland et dont vous devez avoir un intense besoin si l’on en juge par l’ambiance générale actuelle ...........6

On peut se renseigner au 2149 avenue du tour du lac 40150 Hossegor envoyer la commande par email : j.lesieur@wanadoo.fr

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Jean-Pierre lesieur - dans poésie
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9 février 2005 3 09 /02 /février /2005 00:00

 

LA FILLE SANS QUALITÉ Béatrice KAD

EXTRAIT DE COMME EN POÉSIE 19/20/21/22/23

 

Plus tard, quand je fus vraiment grande, à 12/13 ans, je m'entraînais avec mon amie Arlette à manger de l'herbe et des feuilles pour pallier la faim quand nous partirions pour toujours. Mais je n'ai jamais su aller plus loin qu'à l'église du coin ou à l'orée du bois de Vincennes. Mes parents avaient raison. Je ne valais pas grand-chose.C'est comme la mort. Elle m'a effleurée dès l'âge de 5 ans, tout à fait métaphysiquement.Plus tard, je n'ai plus pensé qu'à elle, mais comme solution.

Me fourrer la tête dans un sac, me pincer le nez avec une pince à linge, plonger la tête dans la bassine pleine, me pendre à une ficelle entortillée à la poignée d'une porte, fermer à fond la clé du poêle, me taillader les poignets, traîner longtemps sous la pluie glacée, rester plantée sous l'arbre le plus haut un jour d'orage, retenir mon souffle le plus longtemps possible... Ah, que la vie était coriace! Et l'enfance sans issue.

J'avais été si peu coopérative au cours complémentaire de Vincennes que j'ai atterri chez les sœurs Saint-Vincent-de-Paul à Paris, rue Rocroy. C'était bien, je m'y suis distinguée. La meilleure de l'école, c'est dire. Toutes les palmes. Tous les éloges. «Dictionnaire ambulant ». Un seul problème mais de taille : je péchais à chaque messe. J'étais en état de péché permanent (Mortel, pour tout arranger) Voici pourquoi : Mon père avait refusé catégoriquement que je «fasse ma communion ». Pas de robe, pas de cadeaux pas d'hostie. Pas de bondieuseries ici. D'où: interdit de communier. Logique.

Interdiction que je transgressais, la mort dans l'âme, plus tard chez les bonnes sœurs. (Impensable pour elles de n'avoir pas fait sa communion en temps voulu comme tout le monde) Pas question d'avouer cette tare.

Mieux valait brûler en enfer durant l'éternité tout entière plutôt que soutenir un instant le regard horrifié et incrédule de mes camarades de Rocroy. Pauvre Jésus.

Gabriel est un des nombreux frères de mon père. Ils ont, Germaine et lui, 12 enfants. 6 garçons qui se suivent, puis 6 filles. Viendront ensuite d'autres enfants, je n'ai pas fait le compte. Retour d'Indochine, ils se sont installés à Vincennes avec Kam, une «niaquoué », leur domestique. Là-bas, chaque enfant avait son «boy». Ca fait rêver.

Un jour, je suis allée au cinéma avec Kam. Le lendemain, une petite négresse de mes amies d'école est venue me sermonner durant la récréation: «Je t'ai vue hier, tu n'as pas honte de te promener avec une chinoise? ». Authentique.

Jouer avec mes cousins est un vrai bonheur. On construit des cabanes dans la cour, on fabrique des arcs, ils organisent des courses de hannetons et autres bestioles. D'Indochine, ils ont ramené des fantômes qui nous rendent visite la nuit. Les esprits frappent les murs à certaines heures. Les oranges sautent toutes seules du compotier. Les locataires se signent quand nous passons.

L'embêtant, c'est ma mère. Elle a toujours besoin de moi pour ceci, pour cela. Il y a désormais trois enfants à la maison. Jean-Benoît, le bébé tout rose, ajoute à ses obligations.er plantée sous l'arbre le plus haut un jour d'orage, retenir mon souffle le plus longtemps possible... Ah, que la vie était coriace! Et l'enfance sans issue.

Le jeudi, par exemple. Je dois laver la vaisselle de la semaine qui s'est entassée dans l'évier de la cuisine. Parfois, Arlette, Nicole, mes amies, viennent me donner un coup de main. Un jour, nous avons [mi dans la cour frappant le cul des casseroles avec les cuillères, dansant à l'indienne et chantant à plein cœur: «A -a ni couou ni cha-a-ou-a-ni... A -a ni cou-au-ni cha-a-ou-a-ni».

Les locataires postés derrière les fentes de leurs rideaux jetaient un œil envoûté sur ce qu'ils croyaient être des chinoiseries débridées (si l'on peut dire). Les signes de croix, désormais très en vogue dans l'immeuble, faisaient trembloter les voilages. Le soir, il a fallu payer. A grands revers de mains, flap ! et autres objets frappeurs en attente de service. Les fonds de casseroles cabossées de ma pauvre mère m'avaient dénoncée. (E-é-a-ou-ni bi-ci-ni...E-é a-ou-ni bi-ci-ni)      

              Un camion s'arrête rue Saint Lazare. Des gens m'attrapent et me jettent dedans. Il y a là plein de gosses qui hurlent. J'en fais autantOn va à l 'hôpital saint Louis, c'est la chasse à la gal Là, on est déshabillés, brossés à la brosse à chiendent, du haut en bas, jusqu'entre les doigts de pieds, dans de grands baquets d'eau sulfureuse. Puis rhabillés à toute vitesse dans les hurlements, pressés à nouveau dans le camion et re-déposés sur les lieux du rapt. Avant-goût du purgatoire

Ma cuti a viré. Je manque de vitamines, dit-on. On m'expédie en aérium. On y mange du blé tout cru et les grandes absorbent en cachette des flacons d'eau de Cologne.Quand on est puni, on reste à genoux sur deux lattes mal équarries. Le soir dans le dortoir, on joue au «Roi sur son trône». Les courtisans ont pour tâche de s'approcher du roi le plus lentement possible en faisant le moins de bruit possible (le parquet grince) Surtout ne pas rire. La surveillante n'est pas loin. C'est un peu comme à la maison.

L'esprit de la maison n'est pas exceptionnel. Placée un temps à la campagne, la nourrice me traite de « chinoise» à tout bout de champ en me tirant les nattes (J'avais encore à l'époque un petit nez aplati, le cheveu raide à l'asiatique comme aujourd'hui et deux anneaux dans les oreilles qu'on venait de me percer. Papa m'avait dit à cette occasion: «On te les percera avec une poinçonneuse, la même que celle pour faire les trous dans les tickets de métro ») Elle pimente ma soupe et guette mes réactions, m'envoie servir le repas du molosse enchaîné à sa niche qui manque chaque fois me dévorer, me fait lever de bon matin pour préparer le feu, se mijote quotidiennement d'autres petits plaisirs dont je suis l'héroïne. Me fait jurer de dire à ma mère: « Je suis bien ici, je ne veux pas rentrer à Paris, la dame qui me garde est si gentille» A ce moment là, la fée Carabosse, par on ne sait quel coup de trique magique, se transforme en dame confiture. Et maman sort ses billets . Allez comprendre. Elle ne peut pas me sentir et pourtant elle veut me garder. A tout prix! si, si .

Je passais beaucoup de temps à recevoir des coups. C'est maman qui frappait. (Bien sûr, elle assumait tout, elle travaillait, fatigue, énervements, disputes et violences conjugales, elle ne se maîtrisait plus) Toujours sur les nerfs, elle attrapait ce qui lui tombait sous la main. Une galoche par exemple, une de ces godasses à semelles de bois que nous portions, nous les enfants, avec -comble du luxe- deux fers , un à l'avant, un autre à l'arrière pour préserver le cuir. Galoche donc et tisonnier (près du Godin, il était toujours disponible) avaient sa préférence. Grêle de coups qui tombaient sans trop savoir pourquoi. C'était comme un cataclysme naturel. Il fallait lever les bras pour se protéger le visage, le reste du corps faisait ce qu'il pouvait. Le martinet n'avait plus de lanières depuis belle lurette. Le manche était devenu un accessoire très pratique pour éviter des douleurs inutiles. Sans lui, les paumes cuisaient: {( A cause de toi, maintenant, j'ai mal aux mainsPapa, lui, avait résolu le problème des coups et du même coup ses cas de conscience. «Je ne te battrai jamais devant quelqu'un. Pas même ta mère. Ainsi, personne ne te croira si tu m'accuses»  Simple.

Quand on a six étages à monter et descendre, il est parfois pratique d'avoir un gosse sous la main pour chercher le sel ou le pain. Je descends donc chercher le pain, ce soir-là. Mais la pièce de monnaie me glisse des doigts et tombe dans le trou de la bouche d'égout sur le trottoir. C'est une catastrophe, au sens fort. Une catastrophe qui m'agenouille en larmes sur le trottoir. Plus question de remonter les six étages sans risquer la peine de mort. Un monsieur passe en chapeau et pardessus, immense sur ma tête, s'arrête et s'accroupit près de moi. Il fait froid, c'est l'hiver; il fait gris, c'est le soir. La voix qui sort du monsieur est douce et grave comme dans un conte. Elle demande ce qui se passe, pourquoi ces pleurs et ce désespoir. Je sanglote ma pièce du pain tombée aux égouts, ma terreur de la sentence qui m'attend si je remonte là-haut, l'orphelinat si je ne rentre pas. Alors, le monsieur sort une pièce de son manteau, me la pose dans la main puis s'en va dans le soir. -Il lui prend parfois des envies de travailler, de « gagner sa croûte ». Il a déjà pensé devenir « Gardien de phare» Cette fois-ci, il se voit bien en marchand des quatre saisons. Il entraîne ma mère dans l'aventure.  Levés à l'aube, ils partent pour les halles. Je suis tranquille quelques heures. Je peux écouter les petits êtres invisibles circuler entre les fibres des planches de mon lit. Parler avec mes doigts qui ont chacun une grande bouche entre la première et la deuxième phalange. Je retiens souvent mon cœur avec mes mains avant qu'il ne s'envole.  Installés sur le marché, finie la sinécure. Il me faut arpenter ledit marché de long en large et noter le prix des carottes, des poireaux ou des pêches. Ceci afin de pouvoir écrire fièrement sur l'ardoise un coût au kilo du produit légèrement inférieur à tout le marché. Jusqu'ici tout va bien, c'est de bonne guerre. Ce que personne ne soupçonne, c'est que sous le plateau des marchandises que l'on met en équilibre avec le plateau des poids, il y a une paire de ciseaux! oh, une petite paire de ciseaux, de tout petits ciseaux en forme de cigogne dont se servent les petites filles pour le cours de couture.  De tout petits ciseaux de quelques grammes qui alourdissent si peu - faut pas exagérer-le sachet de navets. Allez, c'est pesé et emballé, au meilleur prix, messieurs, mesdames ! Voilà, c'est mon père. Il est comme ça.

 -Ils se disputent autour de la table. Question de caisse, d'argent. Apparemment, marchand des quatre saisons n'est pas un métier de tout repos.  Il est tellement fâché que son bol de soupe vient se fracasser sur le front de ma mère et que l'ampoule du plafond, sous un grand coup rageur de la louche, dégringole en mille morceaux dans la soupière. Pour une fois, je ne suis pas en cause. Je me terre.

-parfois, quand ça lui prend, il s'empare d'une pile d'assiettes et la lâche sur le carrelage de la cuisine où elles se brisent avec fracas. C'est terrifiant. On se met à la place des assiettes impuissantes.

  - Tu es méchante comme ton père - Tu es bête comme ta mère

 -Avant toi, il y avait un garçon mais il est mort, dit maman -Tu es un accident, dit papa une autre fois.

  -Un jour, il en a marre, il veut divorcer. Ils divorcent. A part ça, rien ne change. Il est toujours là. Elle travaille. N'importe quoi peut me tomber dessus n'importe quand.

 -Un autre jour, il en a marre d'être célibataire. Ils se remarient.  Enfin, ils se préparent pour le re-mariage. Maman semble heureuse, se concocte un petit tailleur pour la circonstance. Il lui vend (il lui vend!) un de ses vieux pantalons dans lequel elle pourra me tailler une jupe. C'est une petite lune de miel. Le jour dit, à l'heure de partir pour la mairie, il n'a plus envie. Maman est décomposée. Lui, tranquille, plus envie, c'est tout. Il reste assis.  A part ça, rien ne change.

  -Maintenant, il a ce qu'il voulait: Une moto. Il astique et pétarade. Une moto, à cette époque, ce n'est pas rien. Il l'avait achetée d'occasion. Il aimait « faire des affaires ». Un jour, il est rentré avec un vieux gramophone. Musique et nasillements. Il avait revendu le gramophone à son vendeur. Plus cher.  Bon prince, il m'emmène sur le porte-bagages de son engin qui file dans les rues de Paris à toute allure. Je m'accroche. C'est nouveau.  Il file si bien qu'il percute cinq minutes plus tard de plein fouet une malheureuse voiture qui passe au carrefour. Patatras, l'engin, le père, la fille projetés sur le pavé. Les gens accourent, s'inquiètent pour l'enfant. Mais le trio en un bel ensemble se relève. Surtout ne pas gémir, ne pas pleurer, ne pas broncher, rester calme, timide, sinon gare. « non, non, oui, tout va bien, merci, merci». Et le trio de repartir en vrombissant vers son destin.

 -Le destin de la machine n'a pas fait long feu. Un jour, elle s'est brisée en deux. Je n'ai jamais revu de ma vie une moto se suicider de la sorte.  Moi, j'étais déjà brisée dedans, on ne pouvait rien voir. -L'histoire de la moto réveille celle de la voiture. C'est un peu plus tard, nous habitons Vincennes.  A Vincennes, c'est tout un pâté de maisons, des garages, une petite usine de fils de pêche, un café-restaurant qui appartiennent à grand-père, le père de mon père. Grand-père, pour résumer, était un ancien colon d'Indochine -Là-bas, on l'appelait «Le Tigre» car il chassait le tigre qui faisait des ravages dans les plantations-

 Il avait fait l'acquisition de ces propriétés à son retour en France. Auvergnat de souche, il avait aussi possédé un « château» en Auvergne dont tout le monde avait plein la bouche comme si c'était une qualité!  Papa l'appelait « le vieux» ou « le chinois d'Auvergne»  Il avait épousé une princesse de Hué, et leurs multiples enfants -dont mon père- étaient par conséquent des petits princes. Oui, oui. Mais à les voir, on n'aurait pas dit. Bref, on habitait Vincennes, dans un appartement au-rez-de-chaussée qui donnait sur la cour, totalement insalubre, les murs suintaient d'humidité. L'avantage résidait dans le fait qu'il était au nom de papa tandis que maman avait le privilège de payer le loyer. On verra plus tard ce qu'il advint.

 Donc, la voiture. Une vieille guimbarde qu'il a repeinte en vert pomme. Deux places. A l'arrière, le coffre dans lequel on installe les enfants: Geneviève dite Yéyé, 3 ans, moi dite Bibiche, 10 ans.  On fonce à la campagne. ça fait teuf teuf teuf. Ah, j'oubliais: C'est une décapotable. Quatre têtes au vent sur les routes de France .

 Ce qui devait arriver arriva. Une carriole tirée par deux chevaux tranquilles débouche tranquillement dans l'autre sens. Elle vient juste de sortir d'un chemin de terre sur la droite et n'a le temps de se rendre compte de rien. Un bolide vert acidulé lui rentre dedans, l'un des brancards tel un boutoir passe miraculeusement entre les passagers faisant voler le pare-brise en éclats. La petite hurle à côté de la grande liquéfiée et pétrifiée tout à la fois. On ne voit pas la tête des parents tout secoués, assis devant avec des cris. Qu'à cela ne tienne. Pas de blessés. Juste quelques petits fragments de verre sur une joue ou une cuisse qu'on enlève prestement. Il retire ce qui reste du pare-brise. Fanfaronne. Crache sur le «nouveau pare-brise» invisible et fait mine de le nettoyer avec son mouchoir. Sourire familial obligatoire. Et le voilà reparti dare-dare, avec son monde déconfit, sur les routes de France.

 Ajoutons que par la suite, cette voiture a gardé son pare-brise invisible, insalissable et incassable.  N'est-il pas drôle, mon père?

 

              Dernière année de communale, j’ai passé l’examen d’entrée en sixième avec succès grâce aux morceaux de sucre que j’avais croqué dans cette perspective avant l’épreuve. J’ai le prix d’Honneur. Un beau et gros livre, lourd presque autant qu’une bonbonne de butane: « Le père Goriot » d’Honoré de Balzac. Je ne travaille pas à l’école spécialement pour m’instruire mais pour le plaisir de pouvoir annoncer une fois l’an, « je suis la première » ou « J’ai le prix d’honneur », à cheftaine Clément, directrice de la colonie de vacances de la C.G.E (Mais aussi surveillante générale d’un lycée à Versailles) Mes parents sont tout fiers de me voir rentrer à la maison avec ce pavé sous le bras. Leurs yeux brillent. Ils sont aussi beaux que sur les photos, ils sourient comme des anges. Les voisines descendues dans la cour me félicitent. Je me sens comme une autre, comme un papillon jaillit de sa guenille et regardant le monde avec des yeux bleus. Ahhh…Mais le lendemain tout redevient normal. Le Père Goriot n’a plus rien à dire. Père et mère reprennent leurs têtes d’humains, mes yeux sont noirs et mes chaussettes tombent.

 

 

           

                                                                                                 

2

 

 

 

A la grande école, rue Montholon, le lundi et le vendredi nous comparons nos jambes striées de bandes rouges, Monique Renard, Monique Hirtoum et moi : C’est le club des martinets volants du jeudi et du dimanche. Nous circulons parfois dans toutes les classes rigolardes, notre cahier ouvert à la bonne page épinglé dans le dos ou bien nous faisons le tour de la cour pendant la récréation les deux mains sur la tête. C’est la consigne. Rien ne m’empêche cependant de surgir régulièrement en bandit masqué, mouchoir en pointe sur le nez, et d’attaquer les riches diligences en cordes à sauter. Ce n’est pas l’envie d’être bonne fille qui me manque, mais mon nez et mes cheveux plats supportent mal les « Chine, Chine, Chine, j’aime la Chine et mon chapeau chinoioiois ! »  grimacés, mimés et chantés par les grandes du cours moyen. L’Asie est un continent peuplé de ouistitis et pas encore de mages financiers. A 9 ans, sous mon tablier à carreaux je suis une espèce de cow-boy, de Zorro minuscule, je me ballade accoutrée d’un grand chapeau et d’une cape virevoltante, dans la rue, le métro, à l’école. Je veille, à l’affût, prête au sacrifice ultime, mais rien n’arrive jamais, pas un seul Gulliver à sauver.                                                                                                            

 

 

 

3

 

 

 

En sixième, me voici mousquetaire du roi, Athos c’est moi. Ou bien j’endosse la prestance d’Aymer de Montrevel, selon la cause. Avec mes compagnons dont Arles de Montaigle, nous défendons la veuve et l’orphelin. Nous incarnons aussi bien Danton que Saint-Just, il nous arrive d’être grognards de l’Empire sinon l’Empereur lui-même. Autant dire que les mathématiques passent à l’arrière-plan. D’autant que nous déclamons l’Aiglon à tout propos, plutôt mal à propos. Les professeurs « en baissent les bras », c’est encore eux qui le disent, nous approuvons chapeaux bas. Nos exploits de papier et de ficelles, nos sabotages audacieux, nos combats à la règle sur les pupitres, nos missives cachetées, tout cela finit par transformer le programme en épopée de banlieue qui finit en quenouille. Il faut trouver des stratégies pour subsister, trouver un sens, ne pas être fille -qui plus est mal venue, un monde parallèle un monde crevant les livres et s’en libérant pour s’enfoncer dans les veines jusqu’à l’incarnation. Il faut.

 Je continue, hors d’âge, à travers d’autres formes pour oublier l’audace d’exister. Toujours, la mort la vie, l’amalgame indéchiffrable et obsédant. La mort. J’ai l’air de vivre comme ça, cervelle moulin à moudre sans répit la question, mais je suis morte très vivace au cœur de la vie du monde mort de lui-même.

 

 

 

4

 

 

 

Chez les sœurs Saint Vincent de Paul, je décide de ne plus passer pour ce que je ne suis pas. Je travaille d’arrache-pied, j’apprends à la folie, j’accède à l’état de « dictionnaire ambulant », vedette du haut en bas de l’école, les filles à papa désormais me tutoient. J’aime, il faut le dire, l’ambiance nouvelle des « écoles privées », ambiance studieuse et feutrée, l’ordre et la prière (La classe commence plus tôt qu’à l’école publique pour la prière du matin et finit plus tard pour la prière du soir. Les laïcs n’ont rien à dire, nous ne mijotons pas prêchi-prêcha, pas de récré pas de pause pas de grève) Les cornettes empesées vibrent à la moindre contrariété et peuvent faire office d’indicateurs visuels de haute précision. Le prêtre hebdomadaire traverse la classe en balayant l’air de sa soutane et ramène des cieux un parfum d’encens et d’exotisme. Sa tête demeure là-haut très haut sous le plafond tandis que nous sommes assises très bas à nos pupitres. Il passe, il fleure l’église, imposant, inoffensif. Je réponds à toute question sans faillir sous l’œil éberlué des camarades. Eh oui. Défi secret et révélation progressive, il suffit de se concentrer et de tenir serré entre pouce et index tant que je peux mon gris-gris porte-chance (un petit pendentif hérétique que m’a offert « Mémé ») et presque tout peut s’insérer dans ma boîte crânienne. Belle époque. Je ne crains que les défaillances de ma mémoire mais je la maintiens férocement sous la férule de ma volonté.                                                                                                          

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                 

 

                                                                                                     

 

 

 

 

 

                                                                                                     

 

 

 

                                                                                                     

 

 

 

                                                                                                     

 

 

 

                                                                                                     

 

 

 

                                                                                                     

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     

 

                                                                                                     

 

 

 

                                                                                                     

 

 

 

                                                                                                     

 

 

 

                                                                                                     

 

 

 

                                                                                                     

 

 

 

                                                                                                     

 

 

 

                                                                                                     

 

 

 

                                                                                                     

 

 

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9 février 2005 3 09 /02 /février /2005 00:00

 

CITADINES

CRÉPUSCULE

Là-bas, entre les arbres, on distingue le coucher du soûlaud. Sur des cartons peints et punaisés de pluie. Il a des rayons rouges entourés d’eau. Poignants. Sans ombre. Du coup les passants coupent court, sautent par dessus l’interdiction de traverser, et se réfugient dans la nuit noire avant même qu’elle soit là.

AMOUR

C’est au bois qu’ensemble nous regardons passer la vieille roulotte rimbaldienne avec des enfants bariolés. Tu as une écharpe achetée au pendu qui avait pu casser sa branche avant la mort. Je tiens en moi ta main froide. Bien nouée à mon bras, elle m’a pénétré.

- Ne crains rien, me dis-tu, tu ne casseras pas.

Rimbaud s’éloigne en grinçant.

MORALE

On passe toujours à autre chose en souriant. Les curés en profitent pour dire amen, et les procureurs pour accentuer le déficit. Dans les cérémonies on pousse les enfants à farder l’innocence. C’est toujours par devant qu’ils ne doivent plus bouger.

ACCIDENT

Faites un jeu de Follain-gaillard. Ajoutez Balthus aux petites filles qui traversent la rue sans regarder. Même en revenant du quai aux fleurs, elles ne peuvent croiser leurs jambes sans renverser le vieux monsieur. Encore plus si le banquet s’est prolongé jusqu’à l’affection mutuelle...

S.D.F.

Sur le quai, un quart d’heure à attendre. On compte les pavés pour tomber juste jusqu’à la Seine. Il manque une dent au rieur de pierre. Une mouche entre et sort, puis rentre et ne sort plus. Un homme longe le quai, s’éloigne derrière un pont. Sans domicile fixe, il n’a pas à rester là.

IMMEUBLE

Sous les combles, l’amour partage l’amande en deux. Aucun pigeon sur le zinc n’annoncera philippines... Dans l’escalier ça papote des talons, ça arrache la porte, ça se donne à la rue. On ne saura plus rien de ce parfum qui glisse sur la rampe et fait voler sa jupe.

AFFAIRE

En s’habillant, il expédiait les affaires courantes. Derrière lui l’armoire entrait dans les moeurs, le miroir palpait l’entreprise, son portable déboutonnait le premier appel qui n’avait rien sous la jupe.

CENT PAS

La reluisée du coin de rue, avec sous l’épaule un sac rouge. Elle anime l’orée d’un bar, tourne et revient sans faire un pli. Toujours tendue. Comme si l’accordeur était passé.

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Claude Albarède - dans poésie
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5 février 2005 6 05 /02 /février /2005 00:00

 

              Claude Albarède me fait parvenir un extrait du Monde 2 du 24 décembre 04 dans lequel Pierre Assouline parle de Rififi chez les poètes. « Éric Gross le directeur du CNL commit le crime de modifier la bourse d’année sabbatique (26400 €) allouée au poète Dominique Meens auteur d’aujourd’hui je dors, en la transformant en bourse de création (13200 €)

Pourquoi? Parce que tous les quatre ans depuis dix ans, ce même poète obtient cette allocation que ses défenseurs voulaient augmenter à l’ancienneté ».

              On croit rêver. En France avec mes deniers entre autres l’état assiste des poètes, leur offre des années sabbatiques, et me refuse une commission  paritaire alors qu’avec ce qui est octroyé à un seul je pourrai faire lire un nombre incalculable de poètes à tous pendant plusieurs années.

Monsieur Gross si vous voulez réformer les aides attribuées tournez vous vers les revues, elles seules sont capables de redonner souffle à la poésie.               Aidez les pour leurs expéditions postales puisque les libraires et les diffuseurs n’en veulent  pas. Faites les venir dans les manifestations telles que le marché de la poésie, le salon de la revue les différents salons du livre en leur offrant les frais de déplacement, d’hébergement et la location des stands. Elles sont les forces vives de la poésie actuelle et suffisamment diverses pour que vous soyez certain qu’il n’y aura pas les coquins et les copains qui se sucreront. Elles sont implantées sur tout le territoire c’est un gage de diffusion certain et non engluées dans le parisianisme. Elles se battent quotidiennement pour survivre ce qui prouve leur vitalité qui ne pourrait qu’être décuplée avec votre aide.

              Entendons nous bien je ne veux pas être subventionné je ne demande que l’équité des attributions pour diffuser un produit essentiel de notre culture qui si il n’est pas rentable n’en est pas moins très prisé.  Il vous suffit de réactiver les rouages déjà existants en y mettant de l’huile au bon endroit, de notre côté nous nous occuperons de la création et en prime nous vous apporterons des lecteurs de poésie et nous en susciterons d’autres puisque mieux diffusées.

              Ma modeste expérience me dit que la plupart des poètes ne veulent pas du salariat ou du mécénat pour eux-mêmes, mais ils aimeraient bien que les revues dans lesquelles ils publient, les manifestations auxquelles ils participent puissent les défrayer pour leur travail créatif, en ne leur octroyant  pas une aumône, ainsi regagneront-ils en considération.

              Les revues sont, actuellement,  le marchepied de la création poétique et ont remplacé les éditeurs frileux, leur comité de lecture et les diffuseurs. C’est ici que vous devez faire porter votre effort si vous voulez que la poésie reprenne pied dans ce siècle où on en a de plus en plus besoin. La poésie indispensable d’aujourd’hui pour un acte à notre démesure.

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Jean-Pierre lesieur - dans poésie
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4 février 2005 5 04 /02 /février /2005 00:00

La poésie est représentée en France par une centaine de revues. Comme en poésie en est une entre autre. Elle est entièrement rédigée par Jean-Pierre lesieur et fabriquée itou dans le cadre d'une prise en main des moyens de production d'un artiste qui se voit beaucoup plus comme un artisan.

Dans la revue sont publiés des poèmes de poètes de France de Navarre et du monde francophone. On peut les envoyer par la poste, par internet ou par tout autre moyen. Elle fait se cotoyer des poètes confirmés et des poètes jeunes ou ayant peu publié. Il faut seulement que la poésie offerte soit accessible, pas de prise de tête, ni de recherches formelles trop complexes, mais elle ne refuse pas la modernité de l'écriture et de la forme. Elle accepte et recherche l'humour, mais ne néglige pas non plus tout ce qui gravite autour de la poésie, les jeux de mots, les haïkus, les petites annonces fabriquées et humoristiques ou poétiques, la chanson etc.

Elle donne de l'information et veut être un lien entre les hommes et les femmes qui écrivent sans tabous et sans chapelle. Elle est mise sur un support papier pas encore sur le web, et envoie régulièrement des poèmes à des internautes qui s'inscrivent sur une liste pour les recevoir.

Elle ne refuse pas la polémique ni la controverse, genres qui fleurissent en poésie.

 

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Jean-Pierre lesieur - dans poésie
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