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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 09:14

Comme en poésie 55 a été mis à la poste ce matin 18 septembre.

Poètes en Bretagne


Il m’a souvent été donné de détester l’égocentrisme exacerbé des poètes et pourtant, toujours au moins pour ceux qui sont ici présents, je les comprends et je les aime. C’est comme ça la poésie. C’est plus compliqué que les « poésie c’est comme ci » et « poésie c’est comme ça » que chapelles et églises voudraient nous faire avaler comme vérités révélées.
C’est pour ça que d’essayer de rassembler de 20 à 30 poètes sur l’idée de ce « Poètes en Bretagne » m’a séduit. La poésie, je ne sais pas ce que c’est et c’est pour ça que je continue à en écrire, à en lire parfois, à laisser les recueils me tomber des mains souvent.
Donc s’ils m’énervent, me déçoivent, si leurs petites querelles intestines m’exaspèrent, je crois que je suis de leur monde, le monde étonnant, incroyable, incompréhensible de la poésie.
Poètes en Bretagne. Aucune prétention à quelque vision anthologique des poètes poétisant en Bretagne. Simple rassemblement de quelques uns de ceux que je connais, que j’aime et qui me touchent. Suivant le souhait de Lesieur j’ai préféré donner à lire les poèmes que d’accorder de la place aux notices bio-bibliographiques.
Poète en Bretagne, est-ce si différent que d’être poète en Auvergne ou dans les Alpes? D’une certaine façon, non. Aussi déprimant qu’ailleurs d’aller dans les salons littéraires ou les librairies écrire sur page blanche de ses livres quelque dédicace convenue. L’une des rares fois où je me suis essayé à la chose, le libraire sollicité avait dit que comme c’était le printemps des poètes il allait faire un effort, mais qu’il ne fallait pas espérer grand monde, « la poésie, vous savez… » et il m’avait installé derrière une table au fond de sa librairie, encasematé derrière deux piles de mes bouquins. Je suis resté là longtemps sans qu’aucun de ceux qui poussaient la porte à grelot de la boutique ne se soit aventuré jusqu’à moi. Sur ma gauche sur un rayon squelettique, recroquevillés dans des plaquettes aussi invisibles que le vent des rêves qui les avait fait naître, je crois avoir vu les poèmes s’empourprer de honte.
Donc en Bretagne comme ailleurs on lui en veut à la poésie. La télé, la radio, les éditeurs, la littérature, les bibliothèques, les médiathèques, les libraires lui en veulent. Tout le monde lui en veut et du coup personne n’en veut ?
Il m’arrive quand même de me demander si certains poètes ne font pas ce qu’il faut pour ça. Jouer au chat et à la souris avec d’éventuels lecteurs parait être pour certains au cœur même de leur pratique poétique. En Bretagne comme ailleurs, depuis un peu plus d’un siècle (Verlaine, Rimbaud) le poète est maudit. Tout de suite certains ont trouvé que c’était pas mal d’être maudits, mieux peut-être que de vivre la vie, ça permettait même aux pires de se voir en génie oublié.
Il y a une différence tout de même et elle est d’importance, c’est qu’ici les poètes (en tout cas ceux qui se trouvent ici: aucun n’écrit en breton), bretons de naissance ou d’adoption que le breton leur ait été langue d’enfance ou non, ils écrivent dans une langue assassine, qui a assassiné bien sûr mais continue systématiquement encore à assassiner la langue bretonne (voir polémiques soulevées récemment au Sénat à propos d’un statut des langues régionales). Chacun doit trouver sa place et ciseler sa parole à partir de son rapport à cette question de la langue.
Il y a quelques années, j’écrivis ceci : « Je suis breton et ne parle pas breton. On n’a pas voulu que je sache… Je m’en fous un peu. Un peu seulement. La mer, le ciel et le granit chez nous parlent fort, si fort que très tôt on apprend à se taire. Quand on est breton l’avant et l’après sont silencieux et le présent n’existe qu’à l’intérieur de soi. Des morts sont toujours là avec leurs mots qui ont perdu leur sens et il nous faut bien les plaindre ceux-là, qui sont pourtant ceux qui de notre langue nous ont castrés. »
Bonne lecture et comme dit Arduen « degemer mat e Breizh »

Hervé MESDON

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