revue trimestrielle de poésie
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TU VIS SURVIS ET MEURT PEUT-ÊTRE…
MON FRÈRE DE JOUG DANS LES LETTRES
Tu vis dans ce monde et te demande pourquoi
Dieu Allah Bouddha Vishnou ou personne
T’ont posé là au milieu de la rue dégueulasse
Entre les tours de chauffe des petites entreprises.
Ce monde de coups fourrés et de strass entourloupe
Te baise sur la bouche quand tu pleures un câlin
Et ta main ne sait pas retirer ce délicat venin
Qui encombre tes lèvres d’une trace un peu louche.
Ils t’ont piqué ta liberté de regarder les feuilles
Et d’humer quand tu veux le parfum d’une rose
Et d’inventer un monde plus pur d’air pas pollué
Par les miasmes amoureux du fric et du pouvoir.
Tu vis dans ce bordel du chacun pour soi
Tombé là par hasard d’un charter de poètes
Qui les menait au graal du matin libéral
Qu’ils avaient payé d’une chiquenaude
En croyant écrire pour le bonheur du peuple.
La main de l’inconscient s’est posée sur tes fesses
Où des traces de doigts s’incrustent en cicatrices
Ecce Omo d’un devenir sans avenir
Tu erres dans les clous de la génuflexion.
Des rêves d’immenses espaces frisent dans ton regard
Mais quand tu tends tes yeux l’image en est fugace
S’ils inventent des fusées c’est pour les sans papiers
Qu’on envoie visiter la planète des retours.
Tu vis dans ce monde à la terre non promise
A peine certain d’avoir un devenir d’atome
A peine incertain de mille correspondances
Fermées à ton périple de métaphysicien du vide.
Les balançoires de l’instant se dérobent en loucedé
Nul ne sait en arrêter les ondulations lascives
Et te voilà au-delà des milles billevesées
Qu’on t’a inculqué de force à flanc des récidives.
Aucune allée tracée ne s’ouvre sous tes souliers
D’un bord à l’autre te voilà privés de rails
Et tu donnes aux ornières de la cacophonie
Une note à rédiger pour inventer la vie.
Tu vis de roulis et de tangage grands froids
Des voyages sans but qu’il te faut inventer
Alors que les billets d’intense traversée
Te sont refusés par les potentats de ta planète.
Exclu par la marée des tables ostentatoires
Le va et vient des routes entame ta colère
Et tu tombes pauvre fiche molle du jour
Dans les bras du désespoir qu’une grue mine.
Et si tu m’as suivi jusque là pauvre lecteur mon frère
Regarde au fond de toi le puits de ta misère
Et va sur la route ou survit la trace d’un hémisphère
Pour donner au soleil un morceau de chimère.
Jean-Pierre LESIEUR
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