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1 mars 2005 2 01 /03 /mars /2005 00:00

L'O.S. DES LETTRES

C'est le poète! Je sais qu'en énonçant cela, les foudres d'arrière garde, les mages périphériques, les pétroleuses de boudoirs, vont affûter leurs épées façon directoire pour me pourfendre.

Pourtant je maintiens: C'EST LE POETE! ! !

Il y a là une analogie logique, que chacun peut établir, les pieds bien calés à l'ombre d'un cyprès et la tête sur un billot, avec au garde à vous, un exécuteur d'œuvres hautes ou basses.

Jamais la poésie n'a réussi le tour de force qui consiste à nourrir son homme, ni sa femme d'ailleurs. Il n'est pas même question d'y asseoir une grande, moyenne ou petite fortune, ou d'en bouffer à raison d'un repas par semaine, puisque la poésie devient une occupation en dérive à la remorque de ceux qui peuvent s'offrir le luxe de lui donner du fric.

Mon analogie prend alors tout son sens en dépassant même la fiction. L'O.S. survit le poète sousvit. (Et que ceux qui achetèrent une côte de mouton avec la vente de leurs œuvres me jettent le premier os.)

D'ailleurs, le bottin mondain ou ces trucs à pages comptées, dans lesquels s'étalent les plus riches revenus, le gratin, ne comportent pas de noms de poètes - n'est-ce pas - ou si peu et toujours des pseudonymes sous visages d'ambassadeur, banquier, diplomate et j'en passe.

Il fut de bon ton, à une certaine époque, chez les gens du monde, d'avoir SON POETE dans les soupers fins et les sauteries intellectuelles. De nos jours (les vôtres comme les miens) on le loue seulement si un extra aux petits fours se décommande à la dernière minute.

La dame de maison l'ausculte, le lèche, l'épouille et lui trace un grand trait à ne pas dépasser allant du salon au lieu où il doit bivouaquer ... l'office. (Il s'y trouve encore et pour combien de temps des bonnes espagnoles fort consommables, heureusement.)

Jamais le poète n'a pouvoir de décision. On se demanderait bien d'ailleurs sur quoi. Ses vers, il n'en fait plus de rimés, métrés, césurés, et tant qu'il pouvait régner sur des lois bien strictes, bien conformes, bien académiques, on lui reconnaissait le loisir de faire joujou avec son code.

Maintenant on lui colle un vague droit à la participation, à l'actionnariat volontaire ou non, pour tenter de réformiser la poésie à l'école, au-delà qu'il s'en tienne à sa position d'ouvrier spécialisé des lettres sans faire d'heures supplémentaires ni de zèle.

Il est toujours à la recherche d'un employeur. Son essai d'embauche-débauche se résume à quelques feuillets dactylographiés avec lesquels un comité dit de lecture lui permettra d'évaluer, à pile ou face, le quota de l'inévitable ou presque participation, à la mise sur 125 grammes de ses élucubrations.

Il pénètre alors dans le cycle infernal de la souscription, je n'ai pas dit la conscription de l'époque napoléonienne, non, c'est pire.

Essayez donc de trouver des actionnaires capitalistes pour un gisement de pétrole qui aurait été nationalisé par un gouvernement socialiste : le porte à porte de l'impossible.

Le poète est toujours en situation critique ou précaire. Constamment rejeté dans la hutte d'ivoire de l'indifférence permanente par la chose publique, celle-ci, bon gré mal gré et dans certaines occasions, ne peut plus l'ignorer.

Quand la nation subit une période troublée : guerre, révolution, invasion, guérilla, émeute.

Quand il faut exporter le patrimoine intellectuel pour éblouir les peuples circonvoisins.

Quand il faut donner nom à boulevard, avenue, place, rue, impasse ou cul-de-sac.

Quand la rue voit rouge.

Quand tout le monde a été jeté en prison, le poète en premier, et qu'il faut tout de même faire frémir l'espoir.

Quand toutes les valeurs ont été copieusement corrompues, flouées, bafouées, violées et qu'un peu d'air pur est demandé aux mots.

Quand l'horizon n'est plus qu'une barre d'ennui où se silhouettent des bagnoles, des machines à laver, des réfrigérateurs et que l'absence d'espace fait craqueler la raison.

Quand les hommes ne trouvent plus les mots qu'il faut dire pour faire l'amour.

Quand l'aventure se réduit au sommeil artificiel des poumons sans boussole.

Autrement, en temps dit normal, tout sera tenté pour effacer du paysage cette sorte de tache mal léchée qui ose demander des comptes au soleil. Tout sera tenté pour la laisser croupir dans l'arrière-boutique ne réservant la vitrine qu'à celles qui sauront se conformiser modèle : « auriculaire à hauteur des ménisques».

Jamais le poète n'a les heures de grande écoute dans les « mass-médias-audio-visualistes » qui nous gouvernent. Les tranches horaires congrues, squelettiques et tardives qu'on lui octroie demandent très peu de beurre rance pour ne plus voir la mie.

Poète, O.S. des lettres, parent pauvre de la faune épistolaire, idiot du grand village, et qui persiste, frottant son erreur à l'alchimie des tares, avec des mots de peu de frais mais magicien de bordels où afflue une pépie sans pareil d'amour d'espérance et de liberté.

 

 

 

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Jean-Pierre lesieur - dans humour
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