Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

26 août 2007 7 26 /08 /août /2007 08:00

JACQUES MORIN : « Une fleur noire à la boutonnière »

Editions le Dé Bleu (L’Idée Bleue)

 

Qui n’a pas lu ce recueil, qui n’a pas tenté de surnager avec le poisson-pilote sans support qu’est Jacques Morin, ignore tout de la vacuité de l’être et du désespoir.

 

Jacques veut ou plus exactement ne peut que se fantômer au réel, sublimer l’absence et le manque, sculpter avec pudeur et constance l’essai d’une réalité, imprégner les mots, qu’il le souhaite ou non, d’une odeur exceptionnellement vivante et consciente :

… « il me manque toujours

        un bras un pied

        un œil pour être complet »…

phalanger le mot avec le vent d’un jet, d’un fouet, nous mener au fin fond du miroir brisé ou même de son reflet inexistant avec la finesse et la légèreté d’un saute-ruisseau :

… « La poésie

        …………

        tu la transportes steamer dans tes flancs… ».

 

Ici nous nous retrouvons dans un pays de solitude, en ruines, en murs, quand bien même nos grandes gueules béantes de terriens extériorisés et bien-pensants, nous voilà obligés de plonger dans une transparence de basse-fosse, captifs de la continuelle même lutte corporelle de l’apparence, contre la pesanteur.

 

Poète, tu es là, obligatoirement notre complice, notre parent; et ta violence, ton désespoir, ton amertume nous les endossons d’évidence.

 

Oui, Jacques Morin réussit à construire, à «se tailler» une véritable identité du vide chez un étameur aveugle, à peine levé, presque couché, à la sombra de la fausse lumière. Mais lorsque «l’embryon» sort, haut en couleurs et que la femme offre «l’anse de sa cuisse», le désespoir s’essouffle, un peu : le «rompre de s’aimer». Ces sauveurs de l’instant et de l’espérance d’un moment-éternité deviennent à coup sûr le contre-courant, le placebo indispensable du survivre, tout comme le savoir du poème et la matérialité du Verbe.

 

Porteur du sens intense, de la justesse sémantique … « Le cadavre neige sur le banquet »…, Jacques désosse à merveille le flagrant délit inéluctable de l’écrasement de la face, le déboulonnage systématique des organes bon marché, le désert rédhibitoire de ce sexe trop humain, de tout l’être «En phase du néant».

 

Sonneur à part entière et pourtant trop discret, Morin,  Bukowski de Drancy, Artaud du Verbe blanc, avec ses yeux troués, avec son ventre ouvert, homme au « franc désespoir », nous assène que le mot est là, à l’affût, à jamais, tel l’air respiré, tel le ciel se couvrant.

Alors, Salut Morin, on ne te demandera jamais d’ausweis, à toi qui incarnes l’à-vif de l’authentique écriture poétique.       

 

                                                                       Catherine Mafaraud-Leray

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Articles Récents

Pages