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11 novembre 2005 5 11 /11 /novembre /2005 00:00

Une partie du numéro 23 de Comme en poésie a été consacré à André Velter qui s'adressait à des collégiens, lycéens et élèves des écoles d'Albi, Carmaux, Gaillac dans le cadre des rencontres de Tarn en poésie organisées cet été sous l'égide d'ARPO. (extraits)

 

Improviser

 Une seule fois dans ma vie, une seule fois j’ai entièrement improvisé avec un pianiste. C’était très tard, j’avais fait un récital ailleurs, j’étais allé dans une sorte de boîte de nuit avec un pianiste d’Archie Shepp qui avait une sorte de cabaret sur les quais à Lyon et il était deux heures du matin.  Les gens qui étaient là m’avaient dit : « tu ne voudrai pas faire quelque chose avec lui? » c’était un pianiste extraordinaire et j’ai dit : « oui pourquoi pas ». Ils le connaissaient, bien ils sont allés le voir et lui ont dit : « est-ce que tu voudrais faire quelque chose avec André? » il a dit : « oui, qu’est ce que tu veux que je te joue? » «  je veux que tu me fasses un cheval au galop a 4000 mètres »,  il m’a fait un cheval au galop à quatre mille mètres, parce que ce qui est monstrueux avec les musiciens c’est qu’ils savent faire exactement ce qu’on leur demande. J’ai pris le micro et j’ai commencé à improviser et on a improvisé pendant une heure et  c’était de la vraie improvisation, il n’y a pas de traces, on ne l’a pas enregistré, je ne sais pas du  tout ce que j’ai raconté, c’était exactement comme des musiciens qui improvisent. Voilà ça a fonctionné comme ça.

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 Ce que la poésie m’apporte

Mais vous ne savez rien on s’en rend compte après coup d’ailleurs on va commencer à écrire et à un moment et puis en plus faites bien attention à ça aussi on n’est pas on ne se détermine pas en fonction d’un mot de ce genre c’est un mot de quelqu’un d’autre qui disait après tout il n’y a rien de plus ridicule qu’un boucher qui se prend pour un boucher un notaire qui se prend pour un notaire et un poète qui se prend pour un poète ne nous prenons pas au sérieux à ce point là.  Ce n’est pas écrit là, on n’est pas ce que le corps social veut que vous soyez on est toujours un peu autre chose bien sûr que s’il faut se déterminer, bien sur s’il faut dire qu’on fait quelque chose, à la limite j’aime mieux qu’on me détermine comme ça qu’autrement, car je ne vois pas bien comment on pourrait arriver à me caser. C’est une manière de se mettre les uns et les autres dans des cases. La fonction sociale n’est pas la seule fonction humaine,  j’ai plus envie d’être considéré comme un funambule, un danseur de corde, un voyageur. Je ne sais pas si ça va vous dire quelque chose il y a un auteur belge qui a écrit un livre que je lui envierait toujours à cause du titre Ridiculum vitae je trouve que il faut bien garder ça en mémoire essayer d’être quelqu’un est toujours ridicule profondément ridicule.  Il n’y a rien de plus ridicule que quelqu’un qui se prend pour un pape ou quelqu’un qui se prend pour un président de la république, ridicule et c’est ridicule de se prendre pour un poète. Donc commençons à dire, au delà de cette sorte d’appareillage social qui voudrait toujours nous happer et nous faire entrer dans une des cases de la ruche et nous faire donner notre miel, faisons autrement. Échappons à ces critères là. Marchons à côté du fil si on est funambule et essayons de nous récupérer autrement.  C’est ça qui va donner à notre  vie un goût, une singularité qui fera que vous serez à la fois en communion avec tous les autres et différent des autres. Il n’y a rien de pire  que  cette formulation, que cette normalisation, que encore une fois, la marchandise mondiale essaie de vous faire. On va maintenant dans toutes les villes du monde. Il y  a les mêmes immeubles pourris on a les mêmes échangeurs d’autoroute polluants etc. Mais jusqu’à quand va-t-on faire du même, partout? Évidemment que le matériel industriel qui est à l’œuvre partout va faire du matériel humain qui sera le même partout, mais c’est un monde absolument invivable on n’est pas dans une ruche, on n’est pas dans une fourmilière, chacun d’entre nous à un destin personnel. Vivez! chacun d’entre vous à un destin, personne ne vivra votre vie à votre place, vivez  votre vie. La poésie peut dire quelque chose et essayer de la transmuer essayer de vous l’approprier de la manière la plus joyeuse la plus tonique possible ouais! oui!

 

 

 

IN EXTREMIS
D’où es-tu?
De plus loin .
Où vas-tu?
Devant moi.
Et ton nom?
Moins qu’un os.
Et ton père?
Un soleil.
Et ta mère
Une vague.
Et ton dieu
Un cheval.
Qui t’attend?
L’horizon.
Et tu aimes?
Le vent d’Est.

André Velter

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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