Dimanche 26 août 2007

JACQUES MORIN : « Une fleur noire à la boutonnière »

Editions le Dé Bleu (L’Idée Bleue)

 

Qui n’a pas lu ce recueil, qui n’a pas tenté de surnager avec le poisson-pilote sans support qu’est Jacques Morin, ignore tout de la vacuité de l’être et du désespoir.

 

Jacques veut ou plus exactement ne peut que se fantômer au réel, sublimer l’absence et le manque, sculpter avec pudeur et constance l’essai d’une réalité, imprégner les mots, qu’il le souhaite ou non, d’une odeur exceptionnellement vivante et consciente :

… « il me manque toujours

        un bras un pied

        un œil pour être complet »…

phalanger le mot avec le vent d’un jet, d’un fouet, nous mener au fin fond du miroir brisé ou même de son reflet inexistant avec la finesse et la légèreté d’un saute-ruisseau :

… « La poésie

        …………

        tu la transportes steamer dans tes flancs… ».

 

Ici nous nous retrouvons dans un pays de solitude, en ruines, en murs, quand bien même nos grandes gueules béantes de terriens extériorisés et bien-pensants, nous voilà obligés de plonger dans une transparence de basse-fosse, captifs de la continuelle même lutte corporelle de l’apparence, contre la pesanteur.

 

Poète, tu es là, obligatoirement notre complice, notre parent; et ta violence, ton désespoir, ton amertume nous les endossons d’évidence.

 

Oui, Jacques Morin réussit à construire, à «se tailler» une véritable identité du vide chez un étameur aveugle, à peine levé, presque couché, à la sombra de la fausse lumière. Mais lorsque «l’embryon» sort, haut en couleurs et que la femme offre «l’anse de sa cuisse», le désespoir s’essouffle, un peu : le «rompre de s’aimer». Ces sauveurs de l’instant et de l’espérance d’un moment-éternité deviennent à coup sûr le contre-courant, le placebo indispensable du survivre, tout comme le savoir du poème et la matérialité du Verbe.

 

Porteur du sens intense, de la justesse sémantique … « Le cadavre neige sur le banquet »…, Jacques désosse à merveille le flagrant délit inéluctable de l’écrasement de la face, le déboulonnage systématique des organes bon marché, le désert rédhibitoire de ce sexe trop humain, de tout l’être «En phase du néant».

 

Sonneur à part entière et pourtant trop discret, Morin,  Bukowski de Drancy, Artaud du Verbe blanc, avec ses yeux troués, avec son ventre ouvert, homme au « franc désespoir », nous assène que le mot est là, à l’affût, à jamais, tel l’air respiré, tel le ciel se couvrant.

Alors, Salut Morin, on ne te demandera jamais d’ausweis, à toi qui incarnes l’à-vif de l’authentique écriture poétique.       

 

                                                                       Catherine Mafaraud-Leray

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Vendredi 17 août 2007
 

100-0004-IMG.JPGLa Marne en amont de Paris


TROIS JOURS A PARIS ou les moments d'amour

 

 

Nous mangions sous les yeux des chevaux

Et leurs regards de douceur ovale.

Une cavalière à peine émérite

Corrigeait son assiette

A la voix de la palefrenière.

Nous mangions sous les yeux des chevaux

Dont la tête dépassait des box

Et quêtait dans nos cils effarés

La tranquillité d’une avoine d’amour.

 

La marne était calme ce matin là

Sur la rive des guinguettes

Peuplées de touristes vermeils

Qu’un car déversait sur le quai.

Il faisait beau dans le Val-de-Marne

Quand nos langues rencontrèrent

Un morceau de baiser à essayer

De vivre la vie au signal présent.

 

Dans le lac des minimes

Il y a de drôles de canards

Qui ressemblent à des oies

D’un Capitole à défendre.

J’ai remonté ta robe d’été

Sur la cime de l’arbre

Et j’ai senti ton sexe orné le mien

D’une guirlande de nénuphars

Qui ne devait rien au hasard

Des texticules.

 

Nous avons pris le Luxembourg

Par le petit côté

Et remporté la guerre de la pluie

En ne faisant qu’un corps

Tellement enlacés.

Nous avons pris le Luxembourg

Les bras bandés

Les yeux fermés

Et nous avons laissé sur le côté

L’empreinte de nos lèvres

Que personne ne peut plus effacer.

 

Le marché de la poésie

Marchait trop vite pour nous

Qui n’étions pas pressés

De nous séparer

Pour un quartier d’éternité.

Jean-Pierre Lesieur

 

 

 

 

 


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Vendredi 27 juillet 2007

LE POÈME

 

 

Le poème décline en se cachant la montée des ornières sur un  sol détrempé par la fuite  des regards

Le poème inspecte en catimini le petit doigt des fées qui prétend tout savoir de la vie   en vase clos

Le poème jette des anathèmes dont on n’a nul besoin pour vivre normalement l’assassinat des mots

Le poème travestit la colère de ceux que le vent déshabille  dans leur bivouac accroché au flanc de la méfiance

Le poème crante au fer rouge les aiguières marines remontées des abysses ou vivent encore des grecs de l’ancien temps

Le poème attife d’une rose les Ronsard aux grands pieds qui croient encore qu’une fleur suffit pour aimer la pensée

Le poème déconstruit le langage comme on prend le chemin sans savoir où aller pour poser sa passion

Le poème invite l’impuissance à sortir au grand jour quand défile les muses en salopette de plombier

Le poème s’allonge sur la plage parmi les agapanthes qui pousse sans se soucier de ce bout de bois flotté encore à découvrit

Le poème rameute les consciences des bords de grands chemins où des bandits manchots agitent des manivelles

Le poème se met à toutes les sauces des faiseurs de vers qui se prennent pour des princes à qui on ne permet rien

Le poème gambille dans les coursives de la navette sidérale  qui les jette dans un autre monde sans laissez-passer

Le poème chantonne en douce la mélodie des fins de soir quand l’horizon monte sur le soleil pour le faire chanter

Le poème plante un piolet dans les fesses de l’amour qui ne s’attendaient pas à une telle surcharge

Le poème tripote des anglaises qu’un petit garçon bouclé lance négligemment par-dessus son épaule

Le poème revient au port qu’il n’aurait pas dû quitter quand les bateaux de pêche le lancent par tribord

Le poème manigance des rimes pour les félibriges en manque qui n’attendent que ça pour prendre la tangente

Le poème hagarde de la trompe quand un mec le serre sur son torse velu pour lui prouver son manque de passage

Le poème respire à la mode de quand  la tripe en cellulose et les cheveux trempés des larmes de Normandie

Le poème cachetonne au salaire de la peur quand un plein camion de sonnets vérolés manque d’exploser en vol

Le poème délire sans drogues particulières quand le vent de l’outrage le perce de part en part

Le poème divague sur de sots terrains vagues qui se prennent pour la mer une bonne fois pour toute

Le poème vous nargue de toutes ses dents tendues vers la rivière sans retour que vous ne prenez jamais

Le poème remonte des fleuves impassibles qu’aucun  stratagème ne remet plus en rire un soir de carnaval

Le poème déjoue les balles traçantes qui marquent sur les nuages le prénom des tempêtes

Le poème défie la peur des vides qui vous tenaille aux tripes quand une fringale de rêve attente à vos devenirs

Le poème dépèce une hydre même pas de l’Herne qu’un Ulysse de bazar  entoure de ses bras pour asphyxier les têtes.

Le poème s’en va tout doucement sur ses dents toutes neuves qu’une plume en satin enfle de caries.

Le poème  applaudit à tout rompre quand il parait sur scène pour réveiller d’un  coup les spectateurs inertes

Le poème détruit la petite graine que d’autres avaient semée en croyant qu’elle vivrait plus longtemps que leur rire

Le poème défonce les bitumes des villes sans espoir que la première phrase tance en verlan

Le poème parle du bonheur  que deux êtres se donnent sans savoir même écrire qu’ils sont analphabètes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Vendredi 13 juillet 2007

Comme en poésie lance un appel à textes pour un numéro spécial à paraître vers la fin de l'an 2008.

Titre du numéro : Le poète du 21 ème siècle.

L'idée c'est de recenser en interrogeant des poètes ou des lecteurs de poésie de dire ce qu'ils peuvent imaginer   que sera le poète du 21 ème siècle. Un état de lieux inconnus qu'il faut inventer. Une fiction qui pourrait devenir réalité.

Son portrait type, genre poète moyen physique et intellectuel, moral, sentimental

Son écriture : place dans la société, forme et fond, impact, rôle politique, demande des lecteurs, évolution...

Son lieu de vie : tour d'ivoire, société, cénacle, isolement ou autre chose, carverne cave couloir du métro

Ecrire un poème ressemblant à ce que vous pensez que sera le poème du 21 ème siècle

Dans quel monde vivra-t-il? imaginez

Sera-t-il un révolté ou un humain bien intégré, une vigie ou un suiveur, un important ou un moins que rien.

Ses humanités, comment pourrait-on lui faire suivre un parcours de CAP de poète?

il est possible de se poser d'autres questions, ou de ne répondre que partiellement à celles-ci ou de ne pas répondre du tout. Envoyez le tout sur mon email : j.lesieur@wanadoo.fr ou au  Comme en poésie 2149 avenue du tour du lac 40150 Hossegor.

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Samedi 30 juin 2007

 

 

LA MORT DU POÈTE

                                              

                                               A tous les poètes

 

                                               Dont on a oublié jusqu’au nom.

 

                                              

 

 

La mort du poète ne laissa nulle trace

Sur les feuilles mortes de l’histoire

Et il disparut corps et lettres

A l’horizon du septième ciel.

Nul n’eut plus le loisir

De lire ses moindres mots

De parcourir la justesse de sa vie

Ni de déceler le souvenir

D’un pauvre parcours de rien.

La mort du poète ne laissa pas de rimes

Il n’en utilisait pas il ne les aimait pas

Son vers chantait faux et sa barbe

Brisait les mélodies d’un coup du sort.

Il voulut une épitaphe

A mettre sur ses cendres

« L’homme de rien retourne au rien »

 

Tout s’envola dans le vent de la mer.

Et il disparut corps et bien.

La mort du poète ne laissa nulle trace

Sur le cristal des roches en mouvement

Qui courait plus vite que son ombre

Et il disparut corps et corps.

Seul le souffle d’un miroir en mal

De reconnaissance

Tenta un temps de garder

La silhouette de ses amours

Qui s’estompait dans la garrigue

La mort du poète ne laissa pas de strie

Ni de noctiluques si lumineuses

A la surface de l’avenir de l’homme

Nulles traces qu’un jour

Un chercheur du passé

Puisse ressusciter

Sous la férule du soleil d’alors.

La mort du poète ne laissa nulle  trace

Dans la fulgurance des orages.

 

 

 

 

 

 

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Lundi 25 juin 2007

 

Les cicatrices du poète

 

 

Les cicatrices du poète suintent plus longtemps que l’ère quaternaire tant la douleur de son ver tend à disparaître

Les cicatrices du poète sont coutures de mots qu’il faudra bien soigner à la lampe acétylène des égoutiers du verbe

Les cicatrices du  poète s’arborent comme des trophées gagnés lors des batailles où s’affrontent les clans

Les cicatrices du poète laissent quelques épissures dans la mémoire du temps quand le temps les oublie

Les cicatrices du poète tatouent des corps bronzés à la lampe infra rouge que la gangrène guette à chaque carrefour

Les cicatrices du poète indiquent son âge légal dont la postérité se gave de   sourdine pour ne pas effrayer les générations à venir

Les cicatrices du poète habillent ses blessures d’une jupe de douleur qui touche tous les sexes sans discernement des yeux

Les cicatrices du poète brisent le tabou ancré dans la croyance ovarienne qu’il ne prend jamais de risques

Les cicatrices du poète laissent des traces de vent sur toutes les pages blanches qui volent dans les automnes

Les cicatrices du poète se visitent chaque hiver quand il donne ses manteaux aux meurtris du poème

Les cicatrices du poète dressent des constats hypocritement apocryphes qu’on essaie de lire sur le dos des requins

Les cicatrices du poète dansent dans les yeux bourreaux qui les bichonnent sans mettre sur leurs plaies de baume cicatrisant

Les cicatrices du poète sont plus profondes au fer qui laissent des traces d’encre sur les bras des girouettes

Les cicatrices du poète ont la teinte des trous qui perforent sa vie quand les fusils crépitent comme des vigies de fer

Les cicatrices du poète recouvrent encore son corps de meurtrissures graves que la morale réprouve en toute humanité

Les cicatrices du poète déjouent les inventions de la langue commune qui les tient par les couilles en pleine félicité

Les cicatrices du poète relancent les enquêtes que le juge  injecte  dans la censure creuse d’un état policier

Les cicatrices du poète font comme un passeport qu’il présente aux frontières de ceux qui voudraient l’empêcher de mourir

Les cicatrices du poète sont autant de trophées comme sur les cheminées des chasseurs de prime à la gomme des mots

Les cicatrices du poète  pullulent dans sa tête tant il a dû ramper pour ouvrir la serrure des marchands éditeurs

Les cicatrices du poète chantent comme rossignols qu’un printemps fait renaître dès les premiers accords

Les cicatrices du poète adoptent les formes des ballons dirigeables quand ils engrossent les rayons du soleil

Les cicatrices du poète ont toutes plus de mille ans à téter les collines des hanches en gésine de la mendicité

Les cicatrices du poète divisent en période sa vie de traîne misère même s’il croit dur comme fer les mendiantes de l’avenir

Les cicatrices du poète vivent  en petits paquets dans la hotte des nains chargés de distribuer les étrennes des pauvres

Les cicatrices du poète prévoient leur avenir dans la furia des coups assénés par des sbires qu’une chiquenaude encense

Les cicatrices du poète toute truffes d’avant-garde pullulent dans les champs qu’aucune truie ne hante

Les cicatrices du poète enluminent son torse de montreur de rails qui vont en droite ligne le mener au bonheur.

 

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Dimanche 17 juin 2007

LE SANG DU POÈTE

 

Le sang du poète perle dans la rosée quand il marche dans les glaïeuls de la fin du 19 ème

Le sang du poète coule dans les mêmes veines que celui des coquins et des bienheureux

Le sang du poète  verse  la même averse quand la guerre le cloue à la tête de son lit

Le sang du poète a le même prix qu’il soit ouvrier de débauche bourgeois ou millionnaire

Le sang du poète irrigue un cerveau lent qui prend le temps de la marche en eau trouble

Le sang du poète jaillit dans les tranchées qui mènent aux boyaux de la défense de rire

Le sang du poète invente des infarctus qu’un petit roseau suffit à faire déchanter

Le sang du poète à la rougeur mignonne des roses qu’un matin oblige à  pleurer

Le sang du poète ne fait qu’un seul tour quand les manèges déménagent en sourdine

Le sang du poète fait l’honneur du bras à tous ceux qui veulent abreuver ses sillons

Le sang du poète menace de thrombose quand il ouvre son cœur à la fille de sa couche

Le sang du poète envahit son visage d’une bouffée soudaine qu’on dit inspiration

Le sang du poète se transfuse en douce vers ceux qui lui branchent une oreille distraite

Le sang du poète irradie des neurones passants  qui ne s’attendaient pas à pareille affluence

Le sang du poète charrie dans ses globules un tapis de bruyère et de déserts arides

Le sang du poète se jette dans la mer pour rendre aux poissons leur domaine exclusif

Le sang du poète berce une sirène qui cherche une nouvelle queue pour la saint Valentin

Le sang  du poète crame des images  qui n’ont de rhétoriques que le début du mot

Le sang du poète tient les assises du feu bavardant en copain avec la lave du volcan

Le sang du poète nourrit des petits monstres qui reçoivent le bon dieu sans même confession

Le sang du poète s’écarte des artères qui mènent sans arrêt à toute rédemption

Le sang du poète infirme des plaquettes qui devraient le nourrir et l’affament en douce

Le sang du poète colore son destin d’un vermillon  grand teint qu’on ne peut effacer

Le sang du poète transmet son atavisme aux colonies de thons qui toisent le glacier

Le sang du poète se répand dans la nuit qu’il éclaire d’un phare qu’on ne peut pas détruire

Le sang du poète draine le sang des mots vers un cœur impossible pétri d’éternité

Le sang du poète comble les manques flagrants d’une civilisation en mal de devenir

Le sang du poète inquiète les biens pensants qu’une prière retourne comme une pichenette

Le sang du poète élargit la beauté qui sort de sa gaine et l’entoure d’un mot beau

Le sang du poète colore des joues des filles qui passent à sa portée quand il prend le maquis

Le sang du poète galvanise des foules devenues moutonnières par manque de globulins

Le sang du poète harangue les anémiés qui sont de mauvais sang toujours en jérémiades

Le sang du poète teint les cimetières qu’on remplace souvent par l’urne des élections

Le sang du poète isole les îles vierges en mettant des anneaux coupant de part en part

Le sang du poète sève dans les pins un liquide nourricier que plus personne ne boit

Le sang du poète s’invite dans les verres que quiconque ne vide par manque de gaité

Le sang du poète transfuse un mot de plus qui change de tout en tout l’ironique destin

Le sang du poète c’est le votre c’est le mien et il faut tenir  qu’il ne disparaisse pas.

CORPS ET BIEN.

inédit 17 06 07

 

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Dimanche 10 juin 2007

HISTOIRES DE NAINS

 

Un n’importe quoi

Un n’importe comment

Un  n’importe où

Un invendu pour une bouchée de pain

Un indélicat à prendre avec des pincettes

Un imposteur de la plus belle espèce

Un important un autre nain

Un impubliable parce que trop Petit Plus

Un impôt de chambre

Un impavide devant un géant

Un impression noyé dans la bière

Un improvisateur qui improvise des provisions folles

Un imberbe

Un intitulé qu’il ne fait pas bon chercher

Un improviste qui se fait attendre

Un imprécis dans le déluge des mots

Un imprécateur qui taille ses rosiers à la serpe

Un imprévisible qu’on voit venir de loin

Un indigène qui cherche son origine

Un individu bien partagé

Un indolore l’italien bel canto

Un indévorable qui se méfie des lions

Un invité

Un invariable qui change tout le temps

Un indisposé dans un champ de tulipe

Un inconnu que tout le monde se dispute

Un invertébré comme il se doit

Un indécent en droite ligne

Un incompatible avec une autre naine

Un impatient avec sa petite fleur

Un invalide qui ne veut plus faire la guerre des petits

Un indivisible en autant de parties

Un incorruptible qu’on ne sait pas par qui

Un infect

Un intentionnel toujours chez le docteur

Un imprimeur qui bourgeonne au printemps

Un indéterminé qui continue de grandir

Un inventeur dont les intestins grêlent

Un impuissant qui ne connaît pas ses limites

Un invendu à la réaction

Un imperturbable toujours en train de rire

Un impétigo à la gratte enchanteresse

Un imparfait du subjonctif et du doute

Un impopulaire partout où il passe

Un instable toujours prêt à s’y mettre

Un instigateur de la pire espèce

Un improbable

Un intraveineux caché dans le sang

Un introverti caché dans la vie

Un introducteur qui entre n’importe comment

Un instituteur perdu à Charenton

Un improductif qui régale les patrons

Un improvisé

Un increvable qui joue quand même au ballon

Sans connaître de mauvais sort

Un imperméable à toutes les pluies d’été

Un indéterminé à toujours rester nain

Un incrédule qui croit que ce qu’il ne voit pas

Un incroyant en n’importe qui  n’importe quoi et n’importe comment

Un inconscient d’être un inconscient

Un ingrat à la maigre conscience

Un imbroglio tordu de remords

Un impartial

Un imbus de lui-même et des autres arides du cœur

Un incompétent je ne vous vais pas dessein

Un imprécateur de la pire espèce

Un imbécile

Un indéterminé pas tout à fait fini

Un invariable comme le temps des nains

Un imperméable contorsionniste des pluies d’automne

Un imbriqué aussi beau dedans que dehors

Un impartial pour les mauvaises causes

Un impair de manche

Un intérieur

Un nain né nain et qui veut être de petite taille.

 

 

 

 

 

 

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Mercredi 6 juin 2007
 

COMME EN POÉSIE N° 30

Le numéro 30 de comme en poésie sera mis à la poste le jeudi 7 juin

Page 2 : (édito) Jean-Pierre Lesieur
Page3 : Béatrice Machet
Pages 4/5 : Augustin Trapenard
Page 6 : Stella Vinitchi Radulescu
Page 7/8/9/10/ : Olivier Tomazyk
Page 11 : Liska, Bernard Lanza
Page 12 : Nora Atalla
Pages 13 : Thierry Ferrand, Paul-Henri Jutant
Page 14/15 : Catherine Plagnol-Sylvestre
Page 16 : Gérard Lemaire 
Page 17 : Jeanpyer Poëls
Pages 18 : Alain SURRE
Page 19: Djamel Mazzouz
Page 20 : Didier Leroi
Page 21 : Christine Rabedon
 23 : Martine Ledoux
Page 24 : Pierre Hamel
Page 25 : Thomas Grison
Page 26/27: Zébane J.P Lesieur, Flam (dessin)
Page 28/29 : Fadila Baha
Page 30 : Cécile Vinciguerra
: Page 31 : Catherine Chervin-Rigutto
Page 32 : Laurent Fels, Patricia Leboulc’h-Rio
Page 33 :  Jean-Louis Bernard
Page 34 : Pierre Mironer
Page
35/36 : Armand Vivier
Page 37 : Jean-Simon Raclot
Page 38/39/40 : Bruno Sourdin
Page 41 : Bruno Sourdin, Willi R.Melnikov
Page 42/43 : Cartes légendées
Page 44/45 : Jean-Pierre Lesieur
Page 46 : Comme dans les recueils
Page 47 : Pot au feu
Page 48/49 : Alain Kewes
Page 49 : Marc Bonetto
Page 50/51 : Comme dans les revues
Page 52 : De vous à moi ou de moi z’à vous

 

tableau de Jean Gubellini 

 

 

 

 Éditorial de Jean-Pierre Lesieur

Nul n’est poète en son pays et encore moins dans ceux d’à côté ou de plus loin. La France pays de mission poétique, pourquoi pas le printemps des poètes  en mission, les poètes  ayant du mal à convertir les foules… prodigieuses.

 

              Nul n’est poète en son pays. Quand un poète soutient un politique il le fait dans le mystère de l’isoloir ça ne servirait pas son champion qu’il se déclare pour lui, c’est vrai quand on parle de poésie politique c’est toujours d’une manière dédaigneuse, je me demande bien pourquoi.

 

              Thierry Guichard du Matricule des anges  a ouvert un site sur Internet  Écrivains en campagne pour que  ceux-ci s’expriment sur la campagne présidentielle. Et des gens s’y sont exprimés, peu de poètes.

 

Nul n’est poète en son pays et pourtant il y a de plus en plus de poètes et de lecteurs qui se réclament de la poésie c’est à n’y rien comprendre.

 

«Excusez moi,  je suis abonné à trop de revue donc je zappe la vôtre. » Trop de revues de poésie sollicitent les sous de mon lecteur disparu, ça alors! Je reste confondu, non ce n’est pas un jeu de mots ni une attitude, le con fondu n’existe que dans les hauts fourneaux pas dans les revuistes de poésie.

 

Nul n’est poète en son pays car ce qu’on dit de la poésie ne dépasse jamais les frontières de la francophonie et quand elle les dépasse on s’aperçoit qu’elle ne parle pas beaucoup aux autres car la poésie est chose traduite difficile à rendre. Ce qui en fait son prix.

 

Nul n’est poète en son pays pas plus moi qu’un autre et pourtant il y a des gourous qui veulent vous le faire croire et d’autres qui vous sacrent quand même au-delà du raisonnable, il faut les fuir.

 

Nul n’est poète en son pays et si je dis que je ne sais pas ce qu’est la poésie, si je dis que malgré des années et des années de confrontation à la revue et aux textes que je reçois je ne sais pas toujours dire ce que c’est que la poésie d’aujourd’hui, vous ne me croirez pas et vous aurez tort.

 

Nul n’est poète en son pays parce que ce cher pays n’aime pas trop la poésie, n’aime pas trop qu’on lui rabote la tronche avec des mots trop forts et des images trop hardies, parce que ce cher pays semble se lobotomiser peu  à peu complètement bouffé par l’avenir du fric et de la marchandisation des esprits.

 

Nul n’est poète en son pays mais ne m’en voulez pas si je continue d’écrire malgré tout mes petits délires et mes vices cachés, mes petites joies et mes solides amours, mes gris sentiments et mes tares en devenir.

 

Nul n’est prophète en son pays de merdre où les poètes ne sont pas prophètes mais l’inverse étant vrai aussi, il suffit de se croire poète pour lancer la prophétie  sur les consciences en sommeil des non-croyants et des autres.

 

Nul n’est poète en son pays et c’est aussi bien ainsi.

 extraits

Nora ATALLA 

 

TERRE ERRANTE

 

 

 

Le monde s'est éteint
borgne, il marche à tâtons
dans ses ténèbres glauques.

 

           Terre errante, sans repères
           balafrée de visages
           
antennes cassées, déboussolées.

 

 Terre rampante
sur la douleur des hommes
à dos d'escargots

 

           ils chevauchent leurs illusions 
           
sans bagages ni cargo
          
nus, dans les spirales du temps.

 

 

 

 

  

REGARDS

 

 

 

Regards dans un tournis
je les aperçois
scrutant l'inatteignable
obsession ...

 

           Regards décousus
          
je les vois
          
dans l'obscurité
          
difformes
           
carapaces fêlées ...

 

                      Regards effilochés
                     
béants sur le vide
                     
écorchés de leurs amours
                     
cœurs &ag